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Victor AGASSE un Résistant de Galié

Publié le par Elisabeth BORDERES

Un commentaire, un souvenir, une rectification… c’est aussi une manière de faire vivre leur mémoire et de refuser l’oubli.

Au village de Galié derrière les façades des maisons et les chemins bordés de murets et de champs cultivés, les habitants se connaissaient depuis des générations. On naissait souvent à quelques maisons, au village voisin, de là. Les familles s’y mêlaient par alliances, voisinages et entraides. Pourtant, dans les années sombres de l’Occupation, certaines maisons devinrent des refuges, des lieux de passage et parfois des cibles. Parmi ces familles figurait celle de Victor Jean Joseph AGASSE.

Né le 6 février 1891 à Frontignan-de-Comminges, Victor est le fils de Jean Pierre Victor AGASSE et de Victorine Marie BOUCHE. Il grandit dans un monde rural pyrénéen où les enfants apprennent très tôt la valeur du travail. Les journées sont partagées entre la scolarité, les champs, les animaux et les tâches quotidiennes qui ne connaissent ni vacances ni repos.

Comme beaucoup d’hommes de sa génération, il voit sa jeunesse brutalement interrompue par la guerre.

 

 

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Victor est appelé sous les drapeaux. Son registre militaire le fait apparaître au 96e Régiment d’Infanterie, puis au 14e Régiment d’Infanterie. Il participe à la campagne contre l’Allemagne : du 9 août 1914 au 25 janvier 1916 puis en campagne intérieure du 26 au 27 janvier 1916. Il est atteint d'une surdité légère, avant une réforme temporaire puis définitive prononcée après décision du Conseil de révision. Une réalité bien dure de cette triste expérience : le bruit incessant de l’artillerie, les explosions, les tranchées, la fatigue et les blessures invisibles que beaucoup d’anciens combattants ramenèrent avec eux. Après avoir été réformé Victor retourne à Galié.

 

 

En 1911 Victor est "domestique agricole" pour la veuve Anna Lamane et sa fille Joséphine au quartier Montjoie de Galié. Le 17 décembre 1912, il épouse Jeanne Marie Gérardine Honorine MARTIN, dont naît Jeanne Marie Baptistine (1913–2011). 

Dix ans après le triste décès de sa première épouse, Victor se remarie vers novembre 1922 avec Victorine BORDÈRES, la sœur de mon grand-père Albert, qui n'a alors que 17 ans, tandis que Victor en a 31. De cette union naissent : Suzanne, Paule, Gilbert et Hélène.

 

(Suzanne doit être pensionnaire pour apprendre un métier).

 

Victor sera témoin lors du mariage de Louis BORDES et Marcelle BORDÈRES en 1936, la sœur de Victorine, signe d’une proximité familiale forte. Il est également présent lors de la naissance de Monique en 1942, fille de Suzanne.

Les années d’Occupation changent profondément la vie des habitants du Comminges. Les Pyrénées deviennent une frontière stratégique. Résistants, aviateurs alliés, Juifs traqués, réfractaires au STO et agents clandestins cherchent à franchir la montagne vers l’Espagne. La maison AGASSE participe à cet engagement et devient le siège de la Résistance dans les Frontignes. Toutes les personnes de plus de quinze ans deviennent passeurs, messagers et, son beau-frère, une tête brûlée Louis BORDES est chef de maquis.

Apparaît une étrangeté : quelques mois après la naissance de Monique en 1942, où Victor est témoin de la naissance auprès de la mairie, lors de la reconnaissance officielle de l’enfant par sa mère Suzanne, il n’est pas mentionné. Avait-il dû se cacher dans le maquis pour son appartenance à la Résistance parce qu'il était traqué?

 

 

Fin du mois de novembre 1943 Victor AGASSE, aurait subi une opération pour un ulcère.

Cette mention soulève aujourd'hui en moi plusieurs interrogations. Les événements survenus quelques semaines plus tard m'invitent à la prudence. Victor décède à son domicile le 19 janvier 1944, dans un contexte particulièrement troublé marqué par les activités de Résistance dans la vallée, la présence allemande et les dénonciations dont l'une fut pour lui et ses activités de résistant.

La question mérite donc d'être posée : Victor a-t-il réellement subi une intervention chirurgicale pour un ulcère gastrique, comme l'indique le registre scolaire ? Ou cette justification a-t-elle été donnée à l'instituteur afin de dissimuler une blessure d'une autre nature ? À ce stade des recherches, aucun document connu ne me permet d'affirmer qu'il aurait été blessé par balle mais le doute subsiste.

La famille AGASSE évolue dans un environnement fortement marqué par les activités résistantes et la surveillance allemande. L'hypothèse d'une blessure dissimulée reste possible, mais elle n'est étayée par aucune preuve documentaire. Il est néanmoins légitime de s'interroger, car les familles engagées dans la Résistance avaient parfois recours à des explications anodines afin de protéger leurs proches ou d'éviter les indiscrétions.

Cette note ouvre ainsi une piste de recherche qui mériterait d'être confrontée à d'autres sources : archives médicales, témoignages familiaux, dossiers de Résistance ou correspondances privées. Derrière cela pourrait se cacher une histoire plus complexe que celle qui apparaît au premier regard.

 

 

Le 19 janvier 1944 (je suis née le 19 janvier 1970 à Toulouse à 21h45, 26 ans plus tard), à 21 heures, Victor est déclaré décédé à "son domicile de Galié". La déclaration est effectuée par Alexandre LAMOLE, un voisin âgé de cinquante et un ans. D'après les informations familiales il aurait été assassiné (par qui?) sur dénonciation (de qui?).

Quatre mois plus tard seulement, tôt dans la matinée, la maison familiale du quartier Montjoie deviendra le lieux du drame de mai 1944. Sa fille Suzanne sera mortellement blessée, sa seconde Paulette sera blessée à la fesse mais se cassera la cheville en sautant de cinq mètres de hauteur et la petite Hélène sera gravement touchée aux cervicales lors d'une opération allemande menée contre la maison familiale, avant que celle-ci ne soit incendiée au matin.

 

 

L’histoire a retenu certains passeurs, des chefs de réseau ou des figures officiellement reconnues de la Résistance. Mais autour d’eux existaient aussi des hommes discrets : cultivateurs, ouvriers, mères de famille, adolescents, voisins, hébergeurs ou simples soutiens. Victor semble appartenir à cette catégorie d’hommes indispensables. Son nom apparaît peu, ses traces sont ténues. Mais, ce ne sont pas ceux qui parlent le plus dans les archives qui ont le moins agi. Autour de Victor AGASSE, les silences restent nombreux.

 

 

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