Fronsac, hommage aux épiciers POMIAN
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Je tenais à rendre hommage à la famille POMIAN.
Dans ces années de guerre où tant de gens vivaient sous la peur — et nul ne peut leur en vouloir tant les temps étaient durs — eux choisirent une autre voie : celle du devoir du cœur. En janvier 1943, ils accueillirent auprès d’eux une petite fille née en 1939 : Annette, enfant de Louis BORDES et de Marcelle BORDÈRES. Une enfant trop jeune pour comprendre les drames qui se nouaient autour d’elle, mais assez grande déjà pour sentir les absences, les inquiétudes, les silences pesants des adultes.
Alors que la guerre étendait son ombre sur nos villages, que les arrestations tombaient sans prévenir, que des familles entières vivaient dans l’angoisse du lendemain, la famille POMIAN accomplit ce que seules les grandes âmes savent faire naturellement : protéger un enfant. Ils lui offrirent ce qu’il y avait de plus précieux en ces temps de manque : un toit sûr, des repas partagés, des gestes rassurants, des habitudes simples qui tiennent debout quand tout vacille. Ils lui donnèrent aussi ce bien invisible et pourtant immense : la tendresse.
Pendant que son père Louis affrontait les périls de la clandestinité, pendant que sa mère Marcelle traversait les épreuves les plus cruelles, Annette grandissait sous la vigilance de ceux qui avaient accepté de devenir, pour un temps, sa famille de refuge.
Clémence POMIAN née le 11 mars 1907 à Arçonnay, dans la Sarthe. En janvier 1944, elle étais épicière à Fronsac, en Haute-Garonne, elle a été témoin des événements qui ont conduit à l'arrestation de Marcelle BORDES.
Cette journée du 3 janvier 1944, des hommes de la Gestapo de Luchon sont arrivés à Fronsac. Parmi eux se trouvait un homme nommé Jean Zinck, qui servait d'interprète. Ils se sont rendus au domicile de Marcelle BORDES, épouse du passeur réputé Louis BORDES. Peu après, Clémence POMIAN a été sollicitée par ces hommes pour se rendre chez les BORDES. Ils lui ont demandé de s'occuper de la petite fille de la maison, Annette, âgée de quatre ans, pendant l'absence de sa mère. Ils lui ont expliqué que ce serait seulement jusqu'à son retour. Clémence a alors vu Marcelle être emmenée par les agents de la Gestapo. Elle a été conduite dans leur véhicule et transportée à Luchon. D'après ce que Clémence a appris par la suite, Marcelle y est restée environ trois jours. Après cette première détention, Marcelle a été transférée à la prison Saint-Michel de Toulouse. Ensuite, elle a été déportée vers le camp de Ravensbrück puis celui de Hanovre, en Allemagne. À ce moment-là, personne ne pouvait imaginer toute l'ampleur du drame qui allait suivre. Clémence POMIAN savait seulement qu'une mère venait d'être arrachée à son foyer et à son enfant. Dans nos villages, ces arrestations semaient la peur. Chacun comprenait que nul n'était à l'abri. Souvenons nous d'une petite fille privée brutalement de sa mère et d'une femme emmenée par la Gestapo sans savoir ce que l'avenir lui réservait. Ces images doivent restées gravées dans les mémoires pour des siècles et des siècles.
Chaque jour, la petite Annette attendait sa mère sur le pont de Fronsac, regardant couler l’eau de la rivière. Parfois, son père venaient la voir discrètement par la fenêtre arrière de l’épicerie, pour une visite brève mais remplie d’amour. Tout ce qui comptait pour Louis, dans ces choix si lourds à porter, c’était que leur enfant ne souffre pas de leurs engagements dangereux, de leur décision de résister. Puis vint le temps où plus personne ne se présenta, jusqu’au retour de Marcelle à l'été 1945.
On parle souvent des héros armés, des réseaux, des actions spectaculaires. Mais il existe d’autres héroïsmes, plus discrets. Garder un enfant, l’élever, le consoler. Le protéger de la peur autant que possible. Cela aussi demande du courage. Peut-être même l’un des plus rares.
Sans la famille d'épiciers POMIAN, que serait devenue cette enfant ? Nul ne peut le dire. Mais une chose demeure certaine : ils furent un rempart humain dans un monde qui chancela. Je voulais aujourd’hui écrire leur nom avec gratitude. Je voulais que l’on sache qu’à côté des drames et des violences, il y eut aussi des mains tendues, des foyers généreux, des gens simples qui firent honneur à l’humanité.
À vous, famille POMIAN, je dis un grand Merci. Merci d’avoir veillé sur Annette lorsque les jours étaient sombres. Merci d’avoir incarné la bonté dans une époque brutale. Merci d’avoir prouvé que les justes ne portent pas toujours de médaille.
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