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Juin 1944 : Louis BORDES récupère les vaches de Victorine AGASSE

Publié le par Elisabeth BORDERES

Merci d’avoir pris le temps de parcourir cet article. Si vous le souhaitez, laissez un commentaire de votre passage.

Le printemps 1944 s'achevait dans la douleur dans les vallées de Barousse. À Galié, la famille AGASSE venait de traverser l'une des plus grandes tragédies de son histoire.

Le 19 janvier 1944, Victor AGASSE avait été tué dans des circonstances liées à la Résistance. Quelques mois plus tard, le 23 mai 1944, la maison familiale était attaquée par les Allemands. Suzanne ,la fille aînée, trouvait la mort au cours de l'opération. Ses sœurs, Paulette et Hélène, étaient blessées. Gilbert, encore adolescent, était profondément marqué par les événements. Quant à la petite Annette BORDES, fille de Louis et Marcelle, elle avait dû être éloignée et confiée à la protection de l'épicière de Fronsac, Clémence POMIAN. Dans le même temps, Marcelle BORDES avait été déportée. La famille AGASSE avait tout perdu.

Après l'incendie de la maison, quatre vaches appartenant à la veuve AGASSE furent récupérées par les AllemandsIls ordonnent au Maire que les quatre vaches soient mises à l'abri sous surveillance. Trois d'entre elles sont confiées à Joseph ISPA à Galié. La quatrième est placée chez M.AGASSE de Frontignan-de-Comminges, que les Allemands viendront récupérer quelques jours après. Ils avaient clairement indiqué que ces animaux restaient sous leur responsabilité et qu'ils viendraient les récupérer lorsqu'ils en auraient besoin. Ils reçurent pour consigne d'en être responsable vis-à-vis des autorités d'occupation.

Mais Louis BORDES n'était pas homme à laisser faire cette injustice. Le 18 juin 1944, dans la nuit, alors que la guerre faisait toujours rage dans les Pyrénées, il se présenta chez Joseph accompagné d'une dizaine de maquisards armés de mitraillettes. La scène dut être impressionnante pour ce pauvre homme qui n'avait rien à voir avec tout cela, hormis de nourrir, à ses frais, des vaches destinées aux Allemands. Face à ces hommes venus des bois, Joseph demanda :

— As-tu prévenu Monsieur le Maire ?

Louis répondit simplement :

— Oui.

Louis était, pour ceux du village, le beau-frère de Victor AGASSE. Depuis des années, les deux familles étaient liées. Le maire, informé de l'opération, rejoignit alors le groupe et confirma l'ordre de remettre les trois bêtes à BORDES.

L'objectif était clair. Ces vaches représentaient probablement l'une des dernières richesses de Victorine AGASSE. Elles pouvaient être vendues afin d'apporter un peu d'argent à cette veuve qui venait de perdre son mari, sa fille, sa maison et une partie de sa famille. Elles constituaient peut-être le premier espoir de reconstruire une existence après le drame.

Pour Louis BORDES, la question ne se posait même pas. Il était le beau-frère de Victorine. Suzanne était sa nièce. Paulette et Hélène étaient ses nièces. Gilbert était son neveu. Il considérait que ces bêtes appartenaient légitimement à la famille AGASSE et qu'il était de son devoir de les récupérer avant que l'occupant ne s'en empare.

L'affaire ne s'arrêta pourtant pas là. Le 6 juillet 1944, la Gestapo de Luchon arriva chez Joseph ISPA pour réclamer les vaches de Victorine AGASSE. L'agriculteur expliqua qu'il les avait remises à Louis BORDES sur ordre du maire de Galié. Cette réponse provoqua immédiatement la colère des Allemands. L'un d'eux, connu localement sous le surnom de « Cou-de-Cigogne », s'avança vers Joseph et lui asséna plusieurs coups de crosse de pistolet à la tête. Les Allemands voulaient récupérer trois bêtes.

Joseph répéta que les animaux avaient été remis à Louis BORDES avec l'accord du maire. Alors l'un des occupants déclara :

— Nous allons en prendre une à Monsieur le Maire.

Mais la vengeance ne s'arrêta pas là. Les Allemands contraignirent Joseph ISPA à leur livrer sa propre paire de vaches, acquise seulement un mois auparavant pour la somme considérable de 36 000 francs. Pour ce père de six enfants, la perte était immense. Après la guerre, il tenta à plusieurs reprises d'obtenir réparation pour ce préjudice subi alors qu'il n'avait fait qu'obéir aux instructions des autorités locales. Ses démarches restèrent sans réponse. Dans son témoignage, il désigna François DESPOUY comme principal responsable de cette situation, estimant que c'était le maire qui avait placé les bêtes chez lui et l'avait ainsi exposé aux représailles allemandes.

 

Le Maire voit également son propre animal réquisitionné. Les Allemands lui reprochent de ne pas les avoir avertis plus tôt, chose qu'il déclare s'être bien gardé de faire. Ils considèrent qu'il a failli à sa mission. Il déclarera : « Pour ma part il m'a été pris une vache, la plus jolie que je possédais, d'une valeur de 20.000 francs environ. »

Aujourd'hui encore, cet épisode illustre parfaitement la personnalité de Louis BORDES. À l'heure où beaucoup cherchaient avant tout à sauver leur peau, lui osait se présenter ouvertement avec des maquisards armés pour récupérer ce qu'il considérait appartenir à sa famille. Certains y verront de l'audace, d'autres de l'inconscience. Mais tous reconnaîtront qu'il fallait un courage peu commun pour accomplir un tel acte à quelques semaines seulement du décès de sa nièce Suzanne et de la Libération.

Louis savait parfaitement qu'il était recherché. Il savait également que chaque déplacement pouvait lui coûter la vie. Pourtant, il refusa que ceux qui avaient incendié la maison AGASSE, tué Suzanne, blessé Paulette et Hélène, traumatisé Gilbert, séparé Annette de ses parents et envoyé Marcelle vers les camps de déportation puissent profiter du produit de ces bêtes ou de la viande qu'elles auraient pu fournir. Dans son esprit, ces vaches appartenaient aux victimes. Elles devaient servir à reconstruire leur avenir, pas à nourrir leurs bourreaux.

Cet épisode éclaire mieux sur l'état d'esprit de BORDES durant l'été 1944 : un homme traqué, déterminé, parfois téméraire, mais profondément attaché aux siens et convaincu que certaines choses ne pouvaient être abandonnées sans combat.

 

Quelques semaines plus tard, Louis BORDES disparaîtra à son tour dans les tourments de l'été 1944Il avait caché ces bêtes ailleurs et la pauvre Mme Veuve Agasse n'a jamais perçu d'argent des personnes qui les avaient récupéré!

Louis était-il une tête brûlé ?
Oui
Un fou !
Non
Un humaniste
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