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Témoignage de Marie DEDIEU qui avait huit ans à l'été 1944 à St Martory

Publié le par Elisabeth BORDERES

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(Clic sur image)

Marie vivait avec sa famille dans une ferme proche de la voie ferrée, à Saint-Martory. À cette époque, le rail était vital pour l’occupant : troupes, matériel, carburant, munitions, tout passait par là. Saboter une ligne, c’était ralentir la machine de guerre allemande. Une nuit, un fracas immense déchira le silence. La petite fille et son frère se mirent à pleurer. Comme tant de mères de ce temps, la leur vint les rassurer :

Ne vous inquiétez pas mes chéris, ce n’est rien. Rendormez-vous, maman reste auprès de vous.

Le lendemain, leur père partit voir ce qui s’était passé. Il revint raconter à son épouse ce qu'il avait vu : les pylônes gisaient en travers de la voie ferrée. Le convoi allemand ne pouvait plus avancer. Les soldats étaient bloqués à Saint-Martory. Derrière cette scène, l’action clandestine de résistants locaux. Couper les communications, désorganiser les transports, immobiliser l’ennemi : en 1944, ces gestes se multipliaient à mesure que l’étau se resserrait autour du Reich.

Deux jours plus tard, un capitaine allemand et son ordonnance se présentèrent à la ferme. Ils demandèrent s’il était possible de manger quelque chose. La mère accepta. Elle leur prépara une omelette mousseuse, servie avec une large tranche de jambon cru et d'une grosse tranche de pain. Le tout arrosé d'un verre de vin. Ils dévorèrent ce repas simple mais copieux avec appétit. Quand ils eurent terminé, l’officier demanda combien il devait.

La mère de famille avait simplement répondu :

Écoutez Monsieur, ce que j’ai fait pour vous, je n'espère qu’une chose : qu’on fasse la même chose pour mon frère et mon neveu qui sont prisonniers en Allemagne.

Le capitaine l'observa pensivement et lui répondit :

Vous savez Madame, vous pouvez penser que dans deux ou trois mois votre frère et votre neveu seront de retour en France.

À l’été 1944, certains officiers allemands savaient déjà que la guerre était perdue. Le débarquement de Normandie avait eu lieu. Le front de l’Est s’effondrait. Dans le Sud-Ouest, les sabotages se multipliaient, les maquis se renforçaient, les convois étaient harcelés. Le soldat, en disant cela, avait gardé un reste d’humanité. 

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