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Paul MIFSUD parle de lui

Publié le par Elisabeth BORDERES

Merci de votre lecture. Quelques mots en commentaire me feront plaisir.

"A caminar", c'est aller de l'avant avec détermination !

Mifsud Résistant
Le jeune Paul.

Son histoire commence entre les rives de la Méditerranée. Son grand-père paternel avait quitté Malte pour rejoindre des cousins installés à Tunis, où ils travaillaient comme boulangers. Là-bas, au milieu du fournil et des journées chargées, la famille prit racine quelque temps. C’est dans cette terre d’Afrique du Nord qu’un mariage unit son grand-père à une Italienne, et qu’y naquit son père Jean. Le jeune homme passa ses premières années à Bizerte. Il y apprit naturellement le français et l’arabe. Plus tard, il repartit à Malte afin d’y apprendre le métier de maître bottier. Un métier de patience et de précision. Puis vint la France. On lui avait promis un emploi dans une chocolaterie. La réalité fut moins douce : Jean entra dans une usine de chlore à Boussens. Comme tant d’ouvriers de cette époque, il prit ce que la vie lui donnait. C’est là qu’il rencontra celle qui deviendrait la mère de Paul, Andréa DULOR.

Paul Moïse naquit en 1925. Il grandit à Saint-Martory, dans une France encore marquée par la Grande Guerre. Les mutilés y étaient visibles, les blessures aussi. Un cordonnier nommé Cugnaux, voisin du salon de coiffure, portait une jambe de bois. Ces silhouettes rappelaient chaque jour ce qu’avait coûté le conflit précédent. Le père de Paul, bien qu’attaché à son passeport britannique, voulut que son fils soit pleinement français. Il le poussa à s’intégrer, à réussir, à aller plus loin que lui. Il ne lui enseigna même pas l’anglais, pensant lui ouvrir ainsi un avenir plus net. À l’école, Paul se distingua. Il passa son certificat d’études et manqua la première place pour un demi-point seulement. Son instituteur, Monsieur Sabadie, croyait en lui. Son père aussi. Tous deux l’imaginaient poursuivant ses études.

Mais Paul avait d’autres attirances. Il aimait les forêts, la chasse, la pêche, les champignons. Il préférait les sentiers aux bancs d’école. Il bricolait avec son père dans l’atelier de cordonnerie. Il remit même ses livres scolaires à l’instituteur en laissant croire que la décision familiale était prise. C’était un garçon de terrain, déjà plus attiré par l’action que par les diplômes.

Puis vint la guerre. À Saint-Martory, les jeunes de sa génération avaient grandi dans les récits des blessés de 1914-1918. Beaucoup nourrissaient une hostilité instinctive envers l’occupant allemand. Le climat du village n’était pas à la soumission. Le père de Paul fut l’un des premiers à acheter un poste de radio. Le soir, on écoutait Radio Londres. Le père ne manquait jamais les allocutions du général Charles de Gaulle. Paul, au début écoutait surtout les chansons. Mais à force d’entendre ces voix lointaines, ces appels à poursuivre la lutte, quelque chose prit forme en lui. Il n’avait pas l’âge du STO, il n’était pas menacé directement. Pourtant ses convictions grandissaient.

Il refusait la défaite. Il trouvait que tout cela s’était passé “bizarrement”. Comme beaucoup de jeunes Français, il ne comprenait pas comment une nation réputée puissante avait pu s’effondrer si vite. Avec ses camarades, il fréquentait souvent le café Lasserre. C’est là qu’il fit une rencontre décisive : Louis Jean Marie BORDES. Une amitié naquit.

Le café LASSERRE (clic image)

 

Le reste appartient à l’Histoire : celle d'un passage clandestin, des choix sans retour, des jeunes hommes qui décidèrent qu’ils ne subiraient pas leur époque sans combattre. Car avant d’être un évadé, un résistant et un témoin, Paul Mifsud fut d’abord cela : un fils d’immigré devenu profondément français, élevé dans le travail, la dignité, et le refus de courber l’échine.

 

Le vendredi 17 mars 2023, en l’église de Saint-Martory, furent célébrées les obsèques de Paul Mifsud, ancien résistant et évadé de la guerre de 1940. Né le 18 mai 1925 à Saint-Martory, il choisit très jeune le camp de la liberté. Fidèle à la cause de la France Libre, il s’évade de France par le Val d’Aran à la fin de l’année 1943, à seulement dix-huit ans, pour rejoindre en Afrique du Nord les forces du Charles de Gaulle.

Commence alors pour lui une vie de service et d’engagement. Il participe aux trois grands conflits dans lesquels l’armée française est alors engagée : la Seconde Guerre mondiale, les événements d’Algérie naissante autour de Massacre de Sétif, puis la Guerre d'Indochine.

Durant quarante-sept années passées dans la Gendarmerie nationale, il sert sur de nombreux territoires : l’Indochine, la Guyane, le Tchad, La Réunion et Tahiti. Son parcours exemplaire fut salué par seize décorations, parmi lesquelles la Légion d'honneur, la Médaille militaire et la médaille de jeune évadé.

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