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Louis BORDES une tête brûlée.

Publié le par Elisabeth BORDERES

Vous avez connu ces lieux, ces familles ou cette époque ? Votre témoignage m’intéresse.

Louis BORDES à St Martory chez "Lasserre" (Lashéras). Actuellement "chez Kiki".
Récit de Paul MIFSUD : 

 

Il y a des hommes que l’on n’oublie jamais parce qu’ils avaient ce mélange rare de courage, d’audace et d’humanité qui marque ceux qui les approchent. Louis BORDES fut de ceux-là.

"Je l’ai rencontré au café LASSERRE, à Saint-Martory. Charpentier, il passait souvent entre midi et deux, ainsi qu'en fin de journée après le travail. À cette époque, entre jeunes, nous avions nos habitudes là-bas. Le café était un lieu vivant, un point de rencontre, un refuge parfois. On y passaient beaucoup de temps, on y échangeait beaucoup, parfois riant, parfois sérieusement.

Nous avons sympathisé assez vite. Il avait cette manière directe d’aller vers les gens, sans détour. Un regard vif, une énergie constante, toujours en mouvement. Quelques semaines plus tard, j’appris ce qu’il faisait réellement : il était passeur pour les évadés. Il aidait ceux qui devaient franchir la frontière, gagner l’Espagne ou rejoindre d’autres filières. C’était un métier avec mille dangers. Louis BORDES était une tête brûlée. Il vivait à la manière de ceux qui savent que demain n’est jamais garanti.

Un jour, les Allemands sont entrés au café LASSERRE. Ils sont allés voir Armande, la patronne. Ils cherchaient un passeur. Louis était là, tranquillement assis à une table parmi les clients. Les soldats se retournèrent vers la salle :

On cherche BORDES. Est-ce qu’il est là ? disent-ils en regardant chaque personnes présentes.

Louis se leva aussitôt. Sans hésiter il s’avança vers eux.

Vous cherchez Monsieur BORDES ? demande-t-il innocemment.

Les Allemands, très intéressés :

Oui, oui… vous le connaissez ? Leurs yeux sont écarquillés d'espérance.

Et lui, sur un ton presque léger :

Oui. Il était là il y a un petit moment. Je vais aller vous le chercher.

Il passa dans une autre pièce du café… et s’échappa par une fenêtre. Voilà le véritable Louis, entier avec le culot, le sang-froid, l’instinct. Il jouait sa vie en quelques secondes, avec un aplomb désarmant. Mais il ne faut pas croire que tout cela relevait de l’amusement. Nous étions en guerre. Être passeur signifiait risquer la prison, la torture, la déportation ou la mort. Chaque déplacement pouvait être le dernier.

Helper. Région : 4. Nom. Âge.

Une autre fois, j’étais avec lui au café. Il y avait aussi Jean DURAN, un ancien déporté. Nous parlions quand entra un guide que Louis employait parfois : un certain Jean Pradère. Louis BORDES lui avait confié un groupe de Juifs à faire passer en Espagne. L’homme arriva l’air penaud.

— Ça n’a pas marché… J’ai été obligé de les abandonner et les Allemands m’ont arrêté. Sa tête de repentit est bien trop mélodramatique pour donner confiance...

Nous comprîmes vite la vérité. Il les avait laissés derrière lui. Ils avaient tous été arrêtés.

Je n’oublierai jamais la réaction de Louis. Il entra dans une colère terrible. Fou furieux, il sortit son arme pour tuer Jean PRADERE sur place. Jean DURAN et moi avons dû intervenir pour l’en empêcher. PRADERE prit la fuite à toutes jambes. Nous ne l’avons jamais revu. Certains diront que Louis était violent. Ils n’auront pas compris l’époque. Il ne s’agissait pas d’un simple échec. Ces hommes, ces femmes, ces enfants abandonnés, c’étaient des vies livrées à la machine allemande. Pour Louis, la lâcheté dans ces circonstances était pire qu’une faute : c’était une trahison.

Les années ont passé, mais la réputation de Jean PRADERE est restée détestable dans certains milieux de la Résistance pyrénéenne. Plusieurs témoignages recueillis après-guerre l’accusent non seulement d’avoir abandonné des réfugiés en montagne, mais parfois d’avoir eu un comportement bien plus grave encore. Parmi eux figure celui d’un habitant de la vallée, qui racontait avoir été abandonné par PRADERE alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années, près du pont de Chaum, au cours d’une tentative de passage vers l’Espagne. Selon ce même témoin, la colère contre PRADERE était telle que des maquisards décidèrent de lui régler son compte. Avertis qu’il devait prendre le train à la gare de Gourdan-Polignan en direction de Tarbes, ils montèrent à bord au dernier moment. Le train était bondé. La poursuite commença de wagon en wagon sous les regards inquiets des voyageurs qui ignoraient tout du drame qui se jouait. PRADERE comprit rapidement le danger. Lorsque le convoi atteignit les tunnels de Lanespède, là où les trains ralentissaient traditionnellement, il gagna l’extrémité d’une voiture et attendit son occasion. Profitant du ralentissement à l’approche d’un tunnel, il réussit à ouvrir une portière et à sauter hors du train. Les maquisards, eux, ne purent l’imiter sans risquer leur vie ou celle des passagers. Lorsqu’ils descendirent plus loin, leur cible avait disparu. À partir de ce moment-là, Jean PRADERE sembla s’évaporer. Son nom ne réapparut qu’après la guerre. En 1946, il refit surface et s’engagea dans les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) de Lannemezan. Il poursuivit ensuite son existence sans être inquiété, tandis que demeuraient, chez certains anciens résistants et évadés, le souvenir amer de ceux qui n’étaient jamais revenus des montagnes après avoir placé leur confiance entre ses mains.

Louis employait aussi Félix ANDIANO. Ces deux-là se ressemblaient : nerveux, toujours en mouvement, prêts à repartir au moindre signal. Mais dans les vallées, la confiance était une monnaie précieuse. Et lorsqu'elle était trahie, la mémoire des hommes se montrait souvent tenace.

Il faut dire une chose : tout cela coûtait de l’argent. Les réseaux avaient besoin de fonds pour payer les guides, fabriquer les faux papiers, nourrir les fugitifs, acheter du matériel, organiser les caches. Rien ne se faisait sans moyens. Lorsque je suis passé en Espagne avec Jean GAUBERT, nous n’avons rien payé. Plus tard, j’ai appris que c’était Buckmaster qui réglait pour les indigents. Certains services britanniques finançaient ces passages pour ceux qui n’avaient rien et qui voulaient rejoindre le Général de Gaulle. Après notre séjour à la prison de Lleida en Espagne, je n’ai plus jamais revu mon ami Jean GAUBERT. Il est mort en combattant en Italie. La guerre emportait les hommes les uns après les autres.

Lorsque je suis passé en Espagne, Louis et Félix sont allés voir mon père aussitôt. Ils ont tenu à le rassurer. Bien sûr, ils se sont gardés de lui raconter les épreuves que nous avions traversées pour franchir la frontière." Ils ont choisi de protéger une famille sans se mettre en avant. C’était cela, Louis. Un homme imprudent parfois. Excessif sans doute. Redoutable sûrement. Mais profondément généreux.

 

"J’appris plus tard que BORDES avait été fusillé par des maquisards. On lui reprochait (sans qu'il ne puisse plus s'en défendre) d’avoir participé, avec une bande, à des coups contre des bureaux de tabac ou des commerces véreux vivant du marché noir, afin d’en prendre ravitaillement et ressources. Je ne sais pas tout de ces affaires. En ces temps-là, les frontières entre justice clandestine, nécessité et règlement de comptes étaient souvent brouillées. La guerre salit tout ce qu’elle touche. Mais une chose est certaine, Louis BORDES avait le cœur sur la main."

 

L’Histoire aime les figures bien rangées. Louis BORDES n’était pas de ceux-là.

Mais, savez vous tout ce qu'il avait traversé ?

 

Qui était Paul MIFSUD :

 

Paul est né le 18 mai 1925 à Saint-Martory. Acquis à la cause de la France Libre, il s’évade de France par le Val d’Aran fin 1943, à l’âge de 18 ans, et rejoint les troupes du Général de Gaulle en Afrique du Nord. Il participe alors aux trois conflits dans lesquels était engagée l’armée française : la deuxième guerre mondiale, l’Algérie (prémisse de la guerre à Sétif) et l’Indochine. Durant 47 ans dans la gendarmerie nationale, il parcourt de nombreux territoires : Indochine, Guyane, Tchad, la Réunion et Tahiti. Il était détenteur de 16 médailles, dont la Légion d’honneur, la médaille militaire et de jeune évadé.

Lors de sa retraite, domicilié à Salies-du-Salat, Paul Mifsud accompagnait d’autres grandes figures de la Résistance comme Jean Baqué, lors de conférences pédagogiques. Devant les collégiens salisiens il fera le récit de son évasion, rapporté par son ami Patrick Gaston : "nous sommes en 1943, Paul ne peut pas attendre. Il a pris sa décision : il passera en Espagne pour rejoindre les Forces françaises libres en Afrique du Nord. Saint-Martory est un lieu de passage important des évadés de France. Un passeur de Fronsac, Louis BORDES, lui dit simplement : "Quand tu voudras, pour toi et tes copains c’est gratuit". Le départ est fixé au 25 octobre 1943. Il part avec un copain Jean Gaubert et rejoint au pied du Pic du Burat, 16 personnes dont deux familles du réseau de résistance du Gers, le réseau Victoire. C’est l’hiver, il fait nuit, le froid est glacial, la tempête de neige forme un mur infranchissable. Finalement, le Pic du Burat (2 155 m) est franchi le 26 octobre. Le lendemain, après avoir pris congé des guides, Paul et Jean achèvent leur descente en direction de Lès, petit village espagnol aperçu la veille, dans le Val d’Aran. Le passeur BORDES reconnaît que ce fut le passage le plus difficile qu’il ait réalisé."

De nombreuses associations patriotiques du Comminges avaient tenu à l’accompagner pour son dernier voyage. En tant qu’ancien président de l’amicale des résistants du Comminges, Paul, avec son bureau – dont Mme André Ricaud – avait installé un monument des évadés de France à Marignac, au bas du Pic du Burat, lieu de passage de nombreuses évasions. Un parcours pédagogique de 4 km a été créé en 2022 au-dessus de Marignac qui relate son passage avec ses 17 autres compagnons.

Des témoignages, dont celui de Paul Mifsud expliquant son évasion, sont à retrouver dans le superbe film documentaire réalisé en 2020 par le saint-martorien Louis Duran

vimeo.com - louis duran

 

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M
Bonjour, je viens de découvrir votre blog grâce à une descendante de Gilbert Agasse, neveu de Louis Bordes.<br /> C'est super, j'ai appris beaucoup. Le soi-disant passeur Pradère Jean qui abandonnait (et plus !) les réfugiés avant l'Espagne a failli être descendu (témoignage d'un vieux monsieur décédé à 95 ans mais abandonné par lui au pont de Chaum alors âgé de 20 ans) dans un train alors qu'il se rendait à Tarbes à la fin 1943 ou au tout début de 1944.<br /> Des maquisards, avertis qu'il prenait le train à la gare de Gourdan-Polignan, y sont montés de justesse et l'ont poursuivi de wagon en wagon. Le train était bondé et ils ont dû prendre des précautions. Au premier tunnel de Lanespède, il se trouvait en bout de train attendant de pouvoir ouvrir la porte et de sauter car le train ralentissait toujours. Il a réussi à s'échapper et les maquisards n'ont pas pu sauter pour le suivre. Il a disparu jusqu'en 1946, bien sûr. Il s'est engagé dans la CRS de Lannemezan et il a vécu tranquillement jusqu'à sa mort. <br /> <br /> Quant à l'assassinat de Louis Bordes, je pense d'après ce que j'ai pu découvrir de son parcours qu'il a été tué par un groupe de personnes qui n'était pas composé de résistants mais de derniers moments sur l'ordre des amis de Cou de Cigogne de Galié. Ils étaient tellement en colère contre lui que la vengeance a été inéluctable. Cette histoire de magouilles a été inventée de toutes pièces car tout le monde connaissait les activités de Louis Bordes et son passé irréprochable. Mon oncle maternel qui a été passeur (voir mon article "le jour où j'ai compris que je resterai ça 3) et qui vivait à Saint-Béat avait raconté à ma mère qu'il ne croyait pas qu'il était un traître parce qu'il avait toujours été irréprochable... <br /> <br /> J'avais entendu, petite fille, raconter qu'un espagnol réfugié de la Guerre Civile espagnole en 1939 et travaillant chez le grand, grand ami de Cou de Cigogne à Galié aurait pu tuer dans les bois (je n'avais pas compris où c'était à l'époque, trop jeune) avec deux ou trois jeunes du villagers - des français- ce monsieur sur ordre et par vengeance. <br /> Je vais naviguer sur votre site.
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E
Merci beaucoup pour toutes ces informations !<br /> <br /> Bien avant de créer mon propre blog, le vôtre m'a permis d'apprendre énormément de choses sur la Seconde Guerre mondiale en Barousse. <br /> J'y ai également découvert une multitude d'anecdotes passionnantes sur notre belle région, si riche par la diversité de ses paysages, de son histoire et de ses habitants, souvent hauts en couleur et parfois même pittoresques !<br /> <br /> Je conseille à tout un chacun de visiter ce blog exceptionnel : https://www.capsbourrutdespyrenees.over-blog.com<br /> <br /> A bientôt ;-)