Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

8 mai 1945 – 8 mai 2026

Publié le par Elisabeth BORDERES

Un commentaire, un souvenir, une pensée… c’est aussi une manière de faire vivre leur mémoire et de refuser l’oubli.

Aujourd’hui, en ce 8 mai 2026, je pense à ceux de ma famille qui ont subit la répression allemande tel que : LouisMarcelleSuzanneGilbertVictorineAnnetteHélènePaule, Albert, Berthilde, Jean-Marie et à tous ceux dont les noms ne figurent sur aucun monument (et/ou que je n'ai pas encore répertorié).

 

81

années après je pense à ces familles du Comminges, de la Barousse, des vallées pyrénéennes, qui ont vu la guerre entrer jusque dans leurs maisons. À ceux qui ont caché, nourri, guidé, soigné. À ceux qui ont eu peur mais ont continué malgré tout. La Seconde Guerre mondiale, c’était des coups frappés à une porte en pleine nuit. Des enfants qu’on faisait taire d’un regard. Des lampes qu’on éteignait rapidement derrière les volets. Des hommes qui partaient dans le froid vers les cols pour faire passer des inconnus vers l’Espagne. Des femmes qui servaient de messagères, d’agentes de liaison, de résistantes de l’ombre. Des familles entières prises dans l’étau de la peur, de la dénonciation et de la barbarie.

  • Mon grand-oncle Louis BORDES, guide pyrénéen, résistant de la première heure. Un homme traqué, traversant les montagnes pour sauver des vies au péril de la sienne. Un homme dont le courage n’avait rien de spectaculaire : il aidait parce que sa conscience lui disait qu’il fallait le faire. Combien d’aviateurs, de réfractaires au STO, de civils recherchés par la Gestapo, d’hommes, d'enfants et de femmes lui doivent leur survie ?
  • Ma Grand-tante paternelle Marcelle BORDÈRES. Déportée à Ravensbrück puis transférée au Camp de concentration de Neuengamme. Qui a été obligée de travailler pour l'ennemi, qui chaque jour perdait de sa santé en s'épuisant pour ne pas mourir comme tant d'autres devant ces yeux et qui été laissés là, à même le sol. Une femme qui a connu l’arrestation, la torture, l’internement, la déportation, la faim, l’humiliation, la maladie, les poux, la peur permanente. Qui, elle, est revenue vivante, mais morte à l'intérieur. Combien d'autres sont décédés dans les camps!
  • Suzanne AGASSE, fille de ma grand-tante paternelle Victorine. Une jeune femme de dix-neuf ans, une mère. Tuée dans cette violence absurde qui a ravagé tant de familles. Derrière les mots “Morte pour la France”, il y avait une joie de vivre, un espoir d'avenir, une jeunesse interrompue.
  • Victorine, une mère qui a vu ses enfants traumatisés par la guerre : Gilbert, Hélène, Paule et sa petite-fille Monique. Ceux qui ont porté les blessures invisibles laissées par cette époque. Victorine qui a vu sa maison partir en dans les flammes. Qui a vu sa fille Suzanne mortellement blessée. Je pense à tous les sentiments qui ont dû traverser son cœur!
  • Annette, fille de Louis et Marcelle, enfant cachée, chez les épiciers de Fronsac les POMIAN, pour survivre et ne pas être un objet de la répression.
  • Albert mon grand-père paternel qui fût prisonnier pendant toutes ces années et qui tenta à plusieurs reprise de s'évader.

La guerre ne s’est pas arrêtée brutalement le 8 mai 1945 pour ceux qui l’avaient vécue. Elle a continué dans les cauchemars, dans les absences autour des tables familiales. Dans les difficultés pour se reconstruire. Dans les questions sans réponses, dans les silences imposés par la douleur ou la peur. Dans les villages où certains savaient mais ne parlaient pas.

Aujourd’hui encore, beaucoup de ces histoires restent fragmentées. Les témoins disparaissent et ceux qui savent ne veulent pas témoigner (j'en "connais" pas mal qui n'ont pas ce COURAGE!). Et avec eux, des morceaux entiers de mémoire. Alors écrire ces histoires devient une nécessité, chercher devient un devoir. Nommer les disparus devient une forme de résistance contre l’oubli. Le 8 mai ne devrait jamais être uniquement une date de victoire militaire. C’est aussi la victoire fragile de l’humanité contre ce qu’elle peut produire de pire. Une victoire payée par des millions de vies anonymes.

Dans les Pyrénées, dans le Comminges, dans les villages accrochés aux montagnes, des hommes et des femmes ordinaires ont accompli des actes extraordinaires sans penser entrer un jour dans l’Histoire. Ils voulaient seulement protéger des vies humaines. C’est peut-être cela, au fond, le plus grand courage.

Aujourd’hui, je leur rend hommage.

Aux générations qui viennent : n’oubliez jamais.

Pour aujourd’hui. Pour demain. Et pour longtemps encore.

Commenter cet article