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Le camp de déportés de Ravensbrück

Publié le par Elisabeth BORDERES

Merci d’avoir pris le temps de lire cet article. Un commentaire aide à faire évoluer le blog.

Le camp de Ravensbrück fut le principal camp de concentration pour femmes dans l’Allemagne nazie. De 1939 à 1945, plus de 130 000 femmes y furent déportées, dans un système concentrationnaire marqué par la terreur, le travail forcé, les expérimentations médicales et les exécutions massives. Ce texte examine la création, l’organisation, les conditions de détention, les crimes commis, ainsi que la libération du camp. Il aborde également le rôle central de Ravensbrück dans le réseau des sous-camps et dans l’idéologie nazie de déshumanisation systémique.

 

 

Le camp de Ravensbrück fut établi en novembre 1938, dans le nord du Mecklembourg, à proximité du village éponyme, à 80 km au nord de Berlin. Il fut conçu pour remplacer le camp de Lichtenburg, en Saxe, saturé. Dès son ouverture en mai 1939, Ravensbrück s’imposa comme le seul camp de concentration nazi exclusivement réservé aux femmes. Sa construction fut confiée aux SS, qui utilisèrent 500 détenus masculins venus de Sachsenhausen pour ériger les premières installations. Les 900 premières détenues, transférées de Lichtenburg, inaugurèrent une ère de souffrances sans retour.

Le camp se divisait en cinq départements : commandantur, Gestapo, détention préventive, service administratif et médical. Trois commandants SS se succédèrent, dont Fritz Suhren (1942–1945), exécuté après-guerre. Le personnel comprenait aussi plus de 150 gardiennes (weibliche SS-Gefolgschaft). Ravensbrück servit de centre de formation pour ces surveillantes. Ce camp compta jusqu’à 50 000 prisonnières début 1945. Polonaises (36 %), Soviétiques (21 %), Allemandes et Autrichiennes (18 %), Hongroises, Françaises, Belges, Tchèques, etc. On y trouvait des résistantes, des Juives, des Tsiganes, des Témoins de Jéhovah, des prostituées, des femmes dites « asociales », ainsi que des victimes de stérilisations forcées. Dix-huit baraquements accueillaient les prisonnières, dans des conditions d’entassement extrême. La faim, les coups, le travail forcé et les sélections rythmaient la vie. Le typhus fit des ravages en 1945. Beaucoup furent assassinées par balles, par injection ou envoyées à Auschwitz-Birkenau ou Hartheim dans le cadre de l’Aktion 14f13.

En 1942, les médecins SS expérimentèrent sur 80 Polonaises surnommées « les Lapins » : inoculations, fractures, greffes osseuses, amputations, stérilisations. À partir de cette année là, Ravensbrück fournit des femmes aux bordels des autres camps, sous fausse promesse de libération. Aucune ne survécut libre. Ravensbrück gérait plus de 40 kommandos liés à l’armement et au textile : Leipzig-Schönefeld, Grüneberg, Altenburg, etc. 70 000 femmes y furent exploitées. En mars 1945, les SS organisèrent les « évacuations de la mort ». Le 30 avril 1945, l’Armée rouge libéra le camp et trouva 2000 survivantes faméliques. Entre 20 000 et 30 000 femmes périrent. Après 1945, le camp servit de base soviétique jusqu’en 1994. Depuis 1959, un Mémorial y transmet la mémoire. Des survivantes comme Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion témoignèrent sans relâche.

Environ 8000 Françaises furent internées. Beaucoup étaient résistantes arrêtées sous « Nacht und Nebel ». Malgré tout, elles organisèrent des cours, récitaient des poèmes, chantaient. Germaine Tillion composa Le Verfügbar aux Enfers. Les survivantes publièrent dès 1945 : Denise Dufournier (La Maison des mortes), Charlotte Delbo (Auschwitz et après), Marie-Claude Vaillant-Couturier… Les Françaises ont longtemps dirigé le Comité international de Ravensbrück. Voyages annuels, stèles, Amicale active. Créé en 1959, il comporte une salle française, une stèle et des expositions mettant en avant les figures françaises. La rose, jetée dans le lac ou plantée sur la fosse commune, est devenue emblème. Une variété « Résurrection » fut créée dans les années 1970.

 

Ravensbrück incarne la terreur genrée du nazisme, mais aussi la force morale des femmes. Les Françaises y ont joué un rôle central dans la mémoire, à travers leurs écrits, leurs actions, leurs symboles.

 

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