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La libération du camp où se trouve Marcelle BORDES-BORDERES

Publié le par Elisabeth BORDERES

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Le 10 avril 1945 au camp quelque chose change. Apparaît une fissure dans l’ordre imposé, un déséquilibre que même les détenues ressentent, sans toujours pouvoir l’expliquer. Marcelle BORDES-BORDERES n’est plus la femme qui a quitté la France. Son corps est amaigri, ses gestes sont lents, économisés. Chaque mouvement demande un effort, mais son esprit n’a pas cédé. Depuis des mois, elle a appris à survivre dans un monde où tout était fait pour briser : la faim, le travail, la peur constante, les humiliations. À Hanovre, comme dans tant d’autres kommandos dépendants du système concentrationnaire, la vie ne tenait qu’à un fil. Puis, peu à peu, quelque chose se dérègle. Les gardiens sont moins présents. Les ordres deviennent confus. Les cris, moins assurés.

Les Allemands prennent la route à pied, entraînant avec eux, sur les routes de la mort, ceux jugés encore « en état de marcher », tandis qu’ils abandonnent sur place celles et ceux que la faiblesse empêche de suivre, livrés à l’incertitude, entre survie et oubli. On entend, au loin, des bruits inhabituels. Comme un grondement sourd. Certaines murmurent : les Alliés approchent. Mais après tout ce qu’elles ont vécu, croire reste dangereux. Marcelle observe. Elle a appris à ne pas se précipiter vers l’espoir. Trop de fois, il s’est retourné contre celles qui y croyaient trop vite. Alors elle attend. Autour d’elle, les réactions varient : certaines espèrent, déjà d’autres restent figées, incapables d’y croire, d’autres encore redoutent une dernière violence. Car jusqu’au bout, tout reste possible. Entre le 10 et le 15 avril 1945, tout bascule. Les gardiens disparaissent peu à peu. Certains fuient. D’autres abandonnent leur poste. Puis viennent les soldats « les Alliés ». Ce n’est pas une scène triomphale, pas d’élan soudain. C’est un moment presque irréel. Les portes sont ouvertes. Mais les corps ne bougent pas tout de suite. Comme si la liberté était devenue étrangère.

Marcelle fait un pas, puis un autre, ses jambes tremblent. Elle est libre, mais ce mot n’a plus tout à fait le même sens. Autour d’elle : des femmes trop faibles pour se lever, des regards perdus, des silences lourds. Certaines pleurent, d’autres restent immobiles. Marcelle ne pleure pas, elle ressent d’abord une chose étrange : le vide. Peu à peu, les secours s’organisent. On distribue de la nourriture, on soigne les corps, on parle différentes langues. Marcelle entend des voix nouvelles. Des accents étrangers qu'elle connait, ayant aidée des aviateurs anglo-américains à passer la frontière Espagnole. Elle comprend alors que c’est réel. Que cette fois… c’est fini. Mais la libération n’efface rien. Elle ouvre une autre épreuve : se reconstruire, se souvenir, porter ce qui a été vécu. Marcelle est une résistante. Une femme arrêtée pour ce qu’elle était, pour ce qu’elle savait, pour ce qu’elle n’a jamais trahi. Elle était une épouse, une adjointe de son mari, silencieuse et essentielle. Ils ont voulu briser ce qu’elle représentait, ils n’y sont pas parvenus.

Elle regarde autour d’elle. Le ciel, l’espace, l’air libre, des choses simples… redevenues immenses. Et dans ce moment fragile, encore incertain, une pensée s’impose, calme et profonde : elle a traversé l’enfer, mais elle est encore là : debout.

 

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