Marie-Thérèse SANILAS : de l’ombre à l’enfer
Merci de votre passage. Un commentaire est toujours une belle récompense pour ce travail de recherche.
Il est des destins...
... qui basculent en une seule nuit. Celui de Marie-Thérèse SANILAS en fait partie. Née en novembre 1926 à Tarbes, de nationalité espagnole, employée à l'hôtel « Le Rocher » de Barbazan, rien ne la destinait à entrer dans l’Histoire. Et pourtant, le 23 mai 1944, elle devient, malgré elle, témoin et victime d’un des épisodes les plus tragiques de Galié. Ce soir-là, elle est invitée à dîner chez la veuve Victorine AGASSE, mère de Suzanne. Joseph, l'époux, le père, est décédé depuis la mi-janvier. Une soirée ordinaire, familière, dans une maison où l’on partage la nourriture et quelques instants de répit, malgré les tensions de l’Occupation. Mais la nuit n’est pas paisible.
« À une heure avancée de la nuit, je dormais à l'étage avec mon amie Suzanne, j’ai entendu du bruit dans la maison, ainsi que des coups de mitraillette… »
Le silence du petit village est brisé. Les rafales claquent. Les bottes résonnent. La peur s’installe immédiatement. Marie-Thérèse reste pétrifiée pendant que la famille fuie. Son amie Suzanne est grièvement blessée dans la chambre de sa mère, et sa petite sœur Hélène est également blessée. Alors elle s’habille à la hâte et descend les bras en l'air pour se rendre aux soldats Allemands. Parmi eux, un homme, que tous redoutent dans la région : « Cou de Cigogne », agent de la Gestapo de Luchon. Lorsqu'il s'empare d'elle après toutes ces rafales, seule, affolée et désorientée, elle est immédiatement gardée à vue.
Après un moment de brouhaha, dans un moment d’audace mêlé de désespoir, elle demande à sortir, prétextant un besoin naturel. On l’autorise… mais on la prévient.
« Il m’a été recommandé de ne pas me sauver. »
Elle n’hésite pas (?), elle fuit. Dans la nuit noire, à pied, elle prend la route de Barbazan. Un kilomètre… peut-être un peu plus… l’espoir renaît. Puis elle voit une voiture d’apparence vide. Et soudain, approche un homme en civil, Hammer, qui parle un français impeccable et l’ordre tombe : s’arrêter. Elle obéit. Menottée elle est menée et attachée au véhicule. Un militaire et le civil la rejoignent et la voiture repart vers Galié. Retour à la maison AGASSE, mais cette fois, elle est prisonnière.
Le 24 mai, vers neuf heure, elle est conduite à Barbazan, puis menée à Luchon. Elle est enfermée seule dans une chambre du dépôt de la Gestapo où elle passe deux jours sans nourriture. Puis vient l’interrogatoire, à la Villa Raphaël.
« Le nommé HAMMER m’a rouée de coups… il m’a dit que je parlerais à Toulouse. »
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Elle ne parle pas (ouf, heureusement qu'elle ne sais pas grand chose!) et passe trois jours de plus où un seul repas lui sera servi à la fin de ce séjour. La mécanique est implacable.
Emmenée par le train, entourée de deux gardes Allemands, elle arrive à la prison de Saint-Michel à Toulouse. Elle y reste jusqu’au 15 juin 1944, sans interrogatoire et sans explication. Puis vient la déportation dans trois camps différents : Ravensbrück, Neubrandenburg et Neuengamme. Trois enfers successifs. Elle revient le 18 mai 1945, vivante mais brisée.
« Je suis revenue avec une main infirme et très fatiguée. Tout travail m’a été interdit. »
Son corps porte les traces de la détention mais son silence, lui, est plus lourd encore. Dans son témoignage, elle désigne clairement : HAMMER, l'interprète de la Gestapo et Karl DETHLEFS alias « Cou de Cigogne », l'agent tant redouté de Luchon comme responsables directs de son arrestation et des violences subies.
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Et puis vient le temps de la justice pour l'assassinat de Suzanne. Mais la justice d’après-guerre n’est pas toujours celle que l’on espère. Au moment de témoigner, Marie-Thérèse hésite, sa voix tremble, les mots ne viennent pas. Les pressions juste avant le procès, la peur, les regards de la famille AGASSE brisée… tout est trop difficile. Elle bredouille, elle n’ose pas tout dire, pas l’essentiel. Dans la salle, cela suscite du désordre et de l’incompréhension. Des regards se croisent, des doutes naissent, des silences s’installent, des larmes coulent. Certains ne comprennent pas, d’autres devinent. Car derrière ce témoignage incomplet, il y a une vérité simple et terrible : on ne sort jamais indemne de l’enfer et la peur continue de vous nouer les entrailles lorsque vous êtes traumatisé et faible.
Son témoignage, malgré ses failles, reste une pièce essentielle de l'Histoire. Parce qu’il dit le nécessaire : la violence, l’arbitraire, la peur silencieuse. Parce qu’il rappelle que certains témoins ont survécu… mais au prix d’un combat intérieur qui, lui, ne s’est jamais arrêté.
Il faut se poser la question : est-ce que Marie et Marcelle ont été en même temps dans les deux camps en commun ? Si oui, quelle a été leur relation ?
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