Marcelle BORDES-BORDERES - Entre certitude et zones d’ombre
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Il est des témoignages...
...qui viennent déposer ce que la mémoire peut encore porter — avec ses hésitations, ses erreurs parfois, mais aussi avec sa sincérité brute. Le 11 janvier 1946, dans une France encore marquée par les stigmates de la guerre, la parole est donnée à ceux qui savent, à ceux qui ont vu, ou à ceux à qui l’on a confié. Ce jour-là, Michel DAMBRUN, maire de Fronsac (31), est entendu. D’une voix mesurée, il rapporte ce qu’il sait du parcours de Louis BORDES.
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Le maire évoque une arrestation survenue, selon ses souvenirs diffus, au cours de l’année 1942 — une approximation que l’histoire rectifiera plus tard en janvier 1944. Louis BORDES, alors engagé dans les réseaux de passage vers l’Espagne, se trouve à Toulouse, au restaurant du Chapon Fin. Il n’est pas seul. À ses côtés, d’autres hommes, dont un certain SARTHE. Ils sont là pour préparer une opération d'évasion de la prison St Michel, dans l’ambiance feutrée. Mais ce soir-là, tout bascule. Le patron de l’établissement, pour des raisons que l’on devine mêlées d’intérêt ou de rancœur, téléphone à la Gestapo. Cinq minutes suffisent. Les hommes sont arrêtés. Louis porte sur lui de faux papiers. Cela ne le sauvera pas. Il est violemment frappé. Puis conduit à la prison Saint-Michel de Toulouse, où il ne séjourne qu’un jour avant d’être transféré vers Compiègne.
Depuis Compiègne, un convoi est formé à destination de l’Allemagne. Louis BORDES en fait partie. Mais l’homme n’est pas de ceux qui acceptent la fatalité. Au cours du trajet, il parvient à s’évader. Commence alors une errance silencieuse, faite de prudence, de faim, de courage et d’instinct de survie. Il ne rentre au pays que trois mois plus tard.
Trois mois pendant lesquels les représailles s’abattent. Il est activement recherché. Les hommes de la Gestapo, accompagnés de l'un des interprètes, un nommé ZINCH (voir l'article sur le château de Valmirande), multiplient les descentes nocturnes à Fronsac. Chez les BORDES ils fouillent, brisent, pillent. Ils laissent derrière eux une maison dévastée.
A son retour, Louis trouve refuge dans la maison de sa belle-sœur Victorine, à Galié. Malgré tout, Louis ne renonce pas. Il reprend ses activités de passeur. Quelqu’un observe et prévient la Gestapo qui un soir arrive et encercle la maison des AGASSE. Dans le village d'en face, prévenus par les jeunes messagers, la résistance surveille aux jumelles ce qu'il se passe. Sans sommation, les rafales de mitraillettes déchirent la nuit. À l’intérieur, c'est la panique. Une jeune femme — sa nièce Suzanne— est blessée à mort par des grenades. Elle n’a guère plus d’une vingtaine d’années. Louis riposte armé, déterminé. Dans le chaos, il parvient à sauver le reste de la famille et s’échappe. Au matin, ivres, les hommes de Karl DETHLEFS pillent et mettent le feu à la maison. Elle brûlera entièrement.
Louis se cache et se rapproche du maquis de Bas-Nistos. Mais quelque chose a changé. La pression est partout et les dangers viennent désormais de toutes parts. Mi-juillet 1944, son corps est retrouvé dans un bois de Montégut. Une exécution d'une balle dans la nuque. Le maire de Fronsac est formel sur un point : il a la certitude qu’il s’agit bien de Louis BORDES. Mais sur l’essentiel, il ignore qui et pourquoi. Une part de vérité disparaît dans les silences de l’après-guerre.
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Entendue à son tour, Marcelle BORDES apporte sa voix différente. Plus intime. Plus douloureuse. Revenue de déportation, elle a cherché, interrogé, recoupé, tenté de comprendre. Mais elle le dit simplement :
Elle n’a jamais pu obtenir de renseignements exacts.
Elle ignore toujours par qui, et pour quel motif, son cher époux a été assassiné.
Ces déclarations ne livrent pas toute la vérité. Mais elles en dessinent les contours. Elles racontent un homme traqué, un résistant engagé jusqu’au bout, une femme brisée mais déterminée, et un territoire où la guerre ne s’est pas arrêtée net en 1944. Car après les combats viennent souvent les silences. Et dans ces silences, il appartient aux générations suivantes de chercher, de comprendre… et de transmettre.
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