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Chronique d’une expropriation familiale à Nestier des BORDERES dit BAROU

Publié le par Elisabeth BORDERES

Cette lecture vous a séduit ? N'hésitez pas à me laisser un commentaire.

L’été 1885 les foins avaient été rentrés, les troupeaux étaient dans les estives et les familles vivaient au rythme des travaux des champs.

Pourtant, au quartier de Barou de Nestier, une inquiétude lourde gagnait une maison paysanne. Depuis plusieurs mois déjà, les procédures s’accumulaient. À la requête de Marie Biraben et de son mari Joseph Lafforgue, négociants domiciliés à Saint-Laurent-de-Neste, une procédure d’expropriation forcée avait été engagée contre Jeanne Bordères, veuve de François Bordères dit Barou, et ses enfants : Marie, jeune femme célibataire (22 ans) mère de Marie Françoise (3 ans), Jacquette (20 ans), Jean-Marie Colin (18 ans), Antoinette Léa (16 ans), Basile Antoine dit Henri (13 ans) et François Jean (10 ans).

Jeanne Bordères née Saint-Paul était chef de famille après la disparition de son époux. Une ménagère (femme au foyer) chargée d’élever ses enfants, certains trop jeunes pour aider aux travaux, tout en maintenant à flot une exploitation agricole familiale. Les biens saisis constituaient une vie entière. Les Barou possédaient : des terres de pâture ; des prés ; des terres labourables ; une maison construite en pierres, chaux et sable ; une grange ; des parcelles à Souamayou ; des terres au quartier de Massey.

Le tout fut réparti en cinq lots. Pour ceux qui vivaient là, c'était un déracinement! Ils perdaient les champs où l’on coupait le foin. Les parcelles où paissaient les bêtes. Le chemin emprunté chaque matin. La maison où l’on naissait, où l’on vieillissait. Une maison dotée de deux pièces principales avec "une chambre au rez-de-chaussée" et attenant "un grenier avec grange au hangar."

Le jugement ordonna la mise en vente publique pour le 8 août 1885 à onze heures du matin, au tribunal civil de Bagnères-de-Bigorre. Les mises à prix paraissent de 10 francs par lot. Mais ces sommes n’étaient qu’un point de départ ; derrière elles se jouait quelque chose de plus profond : la perte d’un patrimoine familial transmis de génération en génération. Dans les vallées pyrénéennes du XIXᵉ siècle, perdre une terre n’était pas seulement perdre un bien. On perdait une part de son identité.

Aujourd’hui, lorsqu’on lit entre les lignes, de cette vente, elle raconte autre chose : l’histoire d’une veuve affrontant les créanciers, l’histoire d’enfants voyant partir les biens de leur père, et l’histoire d’une famille pyrénéenne confrontée à ce que les campagnes connaissaient parfois de plus cruel : la perte officielle de tout ce qu’une vie avait construit.

 

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