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Victorine Agasse cherche un terrain pour reconstruire sa maison

Publié le par Elisabeth BORDERES

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Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les habitants des vallées pyrénéennes tentent de reprendre une vie normale. Les maisons détruites doivent être relevées, les terres remises en culture, les familles endeuillées retrouver un semblant d'équilibre. Mais la Libération n'efface pas instantanément les blessures laissées par les combats et les destructions.

À Galié, l'une de ces blessures porte un nom : la maison Agasse. Le 8 septembre 1945, soit un peu plus d'un an après la Libération, le conseil municipal est appelé à se prononcer sur une demande de Mme Victorine Agasse, sinistrée de guerre, qui souhaite acquérir une parcelle de terrain communal afin d'y reconstruire son habitation.

 

La demande est parfaitement expliquée dans le procès-verbal. Victorine Agasse sollicite l'achat d'une parcelle d'environ 20 ares, située au quartier appelé « La Gerle », afin d'y reconstruire sa maison du quartier Montjoie détruite pendant la guerre. Pour la famille Agasse, cette demande est loin d'être anodine. La guerre leur a tout pris. Leur maison a été détruite lors des opérations allemandes menées dans le secteur et la famille a payé un lourd tribut aux événements de 1944. Comme beaucoup de sinistrés, Victorine cherche un terrain où rebâtir un foyer.

 

Après examen de la demande, le conseil municipal décide pourtant de la rejeter. Trois arguments sont avancés. Le conseil estime qu'il n'existe « aucune raison majeure » de céder une partie du patrimoine communal à Mme Agasse, considérant qu'elle peut reconstruire sa maison au même emplacement qu'auparavant. Les élus craignent également qu'une telle vente ne crée un précédent et n'entraîne d'autres demandes similaires. Enfin, ils rappellent que les terrains communaux servant de pâturages sont déjà très réduits dans la commune et qu'il est de leur devoir de les conserver intacts.

Le procès-verbal conclut sans ambiguïté : « Pour les raisons ci-dessus, les neuf conseillers présents déboutent Mme Agasse de sa demande. » La décision est prise à l'unanimité des conseillers présents.

 

Avec le recul, cette délibération illustre parfaitement les difficultés de la reconstruction dans les petites communes rurales. Les municipalités disposent de peu de moyens et cherchent à préserver leur patrimoine communal. Les terrains de pacage représentent alors une richesse essentielle pour l'économie agricole locale. Mais derrière cette logique administrative apparaît aussi la réalité humaine. Victorine Agasse n'est pas une propriétaire souhaitant agrandir son domaine ; c'est une sinistrée de guerre qui tente de reconstruire une vie familiale après les épreuves de l'Occupation.

Cette décision rappelle que la Libération ne signifie pas automatiquement la fin des difficultés. Les combats cessent, mais les démarches administratives, les refus, les contraintes financières et les séquelles de la guerre continuent de peser longtemps sur les familles.

 

Ce procès-verbal du 8 septembre 1945 constitue un témoignage particulièrement intéressant sur la manière dont les communes géraient les demandes de reconstruction dans l'immédiat après-guerre. Il montre que les décisions locales étaient souvent guidées par un équilibre délicat entre solidarité envers les sinistrés et préservation des intérêts collectifs de la commune.

À travers quelques lignes manuscrites, c'est tout un pan de l'histoire de Galié qui réapparaît : celui d'un village meurtri, confronté aux choix difficiles de la reconstruction, où chaque parcelle de terre, chaque bâtiment détruit et chaque décision municipale participaient au lent retour à la paix.

 

 

Victorine Agasse cherche un terrain pour reconstruire sa maison

 

L'histoire réserve parfois de curieux retournements. Le 8 septembre 1945, le conseil municipal de Galié refusait catégoriquement à Victorine Agasse, sinistrée de guerre, l'achat d'une parcelle communale destinée à reconstruire sa maison. Les élus invoquaient alors la protection du patrimoine communal, le risque de créer un précédent et la possibilité, selon eux, de rebâtir l'habitation à son emplacement d'origine. Sept années vont s'écouler.

Le 24 juin 1952, le même sujet revient devant le conseil municipal. Cette fois, la décision est tout autre.

 

Réuni sous la présidence du maire Raymond COURET, le conseil municipal examine une nouvelle proposition concernant Victorine Agasse. Plutôt que de vendre le terrain, la commune choisit une autre solution. Le procès-verbal indique que le maire propose : « de laisser temporairement en jouissance et gratuitement le lot communal n°181 du plan cadastral à Mme Agasse Victorine, domiciliée à Galié ».

Autrement dit, Victorine Agasse est autorisée à utiliser gratuitement une parcelle appartenant à la commune. Cette décision constitue un véritable revirement par rapport à celle de 1945.

 

Cette mise à disposition n'est toutefois pas définitive. Le conseil fixe plusieurs conditions très précises. La première est essentielle : la bénéficiaire devra restituer immédiatement le terrain à la première injonction du conseil municipal. Autrement dit, la commune conserve l'entière maîtrise de son bien. Le procès-verbal précise également qu'il s'agit uniquement d'une jouissance gratuite, sans qu'aucun paiement ne soit réclamé à Victorine Agasse. Enfin, afin de protéger les intérêts de la commune, une caution solidaire est exigée.

C'est M. OUSSET qui se porte garant, s'engageant officiellement à répondre des obligations de Mme Agasse.

 

Le conseil municipal accepte les propositions du maire mais ajoute une précision supplémentaire. En cas de récupération du terrain par la commune, un préavis de huit jours devra être accordé à Victorine Agasse afin qu'elle puisse libérer la parcelle.

Cette disposition témoigne d'une volonté de concilier les intérêts de la commune avec la situation de la bénéficiaire.

 

Contrairement à la demande formulée en 1945, Victorine Agasse ne devient donc pas propriétaire du terrain. La commune lui accorde simplement un droit d'occupation gratuit, révocable à tout moment. Cette formule permet aux élus de préserver le caractère communal de la parcelle tout en apportant une réponse concrète à une habitante dont la famille avait particulièrement souffert des événements de la guerre.

 

La comparaison entre les deux délibérations est particulièrement révélatrice. En 1945, la commune refuse toute cession de terrain, invoquant des principes de gestion patrimoniale et l'intérêt collectif. En 1952, sans revenir sur ces principes, elle accepte finalement une solution intermédiaire, plus souple et plus humaine. La propriété du terrain demeure communale, mais Victorine Agasse peut en disposer gratuitement aussi longtemps que la commune ne le réclame pas. Cette évolution traduit un contexte différent.

Sept années se sont écoulées depuis la Libération. Les urgences immédiates de la reconstruction sont passées, les tensions se sont apaisées et les élus peuvent envisager des solutions pragmatiques qui paraissaient impossibles quelques années auparavant.

 

Ces deux procès-verbaux, conservés dans les archives municipales, racontent à eux seuls une partie de l'histoire de la reconstruction dans les petites communes rurales. Ils montrent combien la reconstruction ne fut pas un processus linéaire. Entre les impératifs de gestion des biens communaux et les besoins des familles sinistrées, les municipalités durent souvent rechercher des compromis.

Le parcours administratif de Victorine Agasse illustre cette réalité : il lui aura fallu sept années pour obtenir, non pas la propriété du terrain qu'elle sollicitait, mais au moins le droit d'en disposer gratuitement afin de poursuivre la reconstruction de sa vie après les drames de la guerre.

 

 

 

Victorine Agasse ne profitera finalement que quelques années de cette autorisation accordée par la commune. Le 2 avril 1962, elle s'éteint, refermant un chapitre de l'histoire de cette famille de Galié durement éprouvée par la Seconde Guerre mondiale. Derrière ces délibérations municipales, ces demandes de terrain et ces décisions administratives, il y avait avant tout une femme qui avait vu sa maison détruite, sa famille frappée par la guerre et qui avait consacré une partie de sa vie à reconstruire, avec courage et dignité, ce que le conflit lui avait arraché.

Aujourd'hui, ces archives rappellent que la reconstruction ne fut pas seulement celle des bâtiments, mais aussi celle des existences.

 

 

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