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Montréjeau Le château Valmirande sous l'occupation

Publié le par Elisabeth BORDERES

Un souvenir, une impression, une réaction ? Les commentaires sont ouverts et toujours appréciés.

Une petite ville tranquille en apparence, posées au bord du fleuve de la Garonne, entre plaine et montagne, où rien ne semble devoir troubler le cours des jours. Et pourtant… elle portent en elle une histoire souterraine, faite de courage, de silences, de trahisons parfois, et de gestes qui ont pesé bien lourd.

Montréjeau, durant les années noires de 1942 à 1944, fut celle-là.

Le château de Valmirande
Une ville ordinaire… qui bascule

À première vue, Montréjeau n’est qu’une petite ville du Comminges. Une place d’église, quelques rues commerçantes, des habitants qui vivent au rythme des saisons. Mais après l’armistice de 1940, tout change. L’occupation allemande s’installe, pesante, diffuse, omniprésente.

Les soldats prennent leurs quartiers :

  • à l’Hôtel de Lassus,
  • au couvent Sainte-Germaine pour la troupe,
  • au château de Valmirande pour les officiers.

La ville devient un point stratégique, un lieu surveillé… mais aussi, paradoxalement, un terrain fertile pour la Résistance.

Le choix de résister

Tout commence discrètement.. Fin 1942, Pierre Labayle, conseiller municipal et gérant d’une brasserie route de Tarbes, revient de Toulouse avec une idée qui va tout changer : organiser des parachutages pour soutenir la lutte clandestine. Avec quelques hommes de confiance, il choisit un terrain entre Franquevielle et Les Toureilles : la lande du Duc d’Uzès. À partir de là, Montréjeau entre dans l’ombre. Le réseau Prunus, dirigé par le lieutenant britannique Maurice Pertschuk, dit Eugène, s’implante. On réceptionne des armes, du matériel, des hommes venus d’Angleterre. On cache, on transporte, on organise. La ville devient un maillon discret mais essentiel. Mais la Résistance est fragile. Le 12 avril 1943, tout bascule : arrestations massives à Toulouse, chute du réseau, arrestation de Pertschuk, de son radio Markus Bloom… puis de Pierre Labayle lui-même. Une page se ferme brutalement. Et pourtant… rien ne s’arrête.

Continuer malgré tout

Ceux qui restent ne renoncent pas. Ils rejoignent un autre réseau du SOE britannique : Wheelwright, dirigé par George Starr, dit Hilaire. Sur le terrain, c’est Roland Mansencal, de Mazères-de-Neste, qui coordonne. Au printemps 1944, les parachutages reprennent.

Arrivent alors :

  • le lieutenant-colonel William Fuller,
  • le capitaine Guy de la Roche,
  • le sous-lieutenant Michel Villemot.

Ces hommes préparent la libération. Montréjeau n’est plus seulement un relais. Elle devient un point d’appui.

Les femmes, colonne invisible

Mais l’histoire ne serait qu’à moitié racontée sans elles. Dans les rues, dans les maisons, dans les regards échangés sans un mot… les femmes tiennent la ville debout.

Luce Porthé Mallet, à peine majeure, cache chez elle :

  • des aviateurs anglais,
  • un homme juif fabriquant de faux papiers, reproduisant les tampons de la mairie.

Autour d’elle, d’autres s’engagent : Mme Arnaud, Mme Andréa Dufor, Mme Denise Save, Mme Simone Croizet, Mme Castel, Mme Labayle, Mme Germaine Mallet, Mme Yvonne Porthé, Mme Luce Porthé-Mallet… Elles transportent des messages. Elles hébergent des fugitifs. Elles observent, écoutent, préviennent. Sans elles, rien n’aurait tenu.

Une ville sous tension

Car le danger est partout. Même à la mairie, un secrétaire alsacien ZINCK acquis à la cause nazie transmet des informations à la Gestapo. C’est lui qui contribue à l’arrestation du mari de Luce Porthé, L. Vanderschelden. Dans les couvents, malgré la présence allemande, des religieuses cachent des résistants. Le maire, Roger de Lassus, fuit sa propre demeure occupée par les officiers allemands. La ville vit dans une tension constante.

La violence aveugle

Après le Débarquement du 6 juin 1944, la situation se durcit. Les Allemands, sur la défensive, deviennent brutaux.

À Montréjeau :

  • Roger Audoubert est abattu le 11 juillet 1944,
  • Alfred Ollé est tué le 7 août 1944.

Ils n’étaient pas résistants. Ils étaient simplement là. La peur change de nature. Elle devient arbitraire.

Une libération fragile

Puis vient le moment que tout le monde attend… sans vraiment y croire. Mi-août 1944, les habitants pensent les Allemands partis. Alors, spontanément, la ville se rassemble. Sur la place de l’église, les drapeaux sortent, les chants montent, les maquisards se mêlent à la population. Le lieutenant-colonel Fuller, dans un français hésitant, prononce quelques mots simples : « Je ne suis pas un orateur, je suis un soldat… ». Un instant suspendu. Mais à peine la fête terminée… une colonne allemande traverse la ville en retraite. Ils ne se croisent pas. Ce jour-là, Montréjeau échappe au pire.

Après… la mémoire

La guerre s’achève, mais les traces restent. Certains seront décorés, comme Luce Porthé Mallet, reconnue pour son engagement. D’autres reviendront de prison ou de clandestinité. Et beaucoup… ne reviendront pas. Le SOE sera dissous en juin 1946. Mais ce qui s’est joué ici ne disparaît pas.

Une ville marquée à jamais

Montréjeau n’a pas été un grand champ de bataille. Elle n’a pas connu de combats spectaculaires. Et pourtant…

Elle a été :

  • un point de passage,
  • un lieu d’organisation,
  • un refuge,
  • un terrain de courage silencieux.

Les conséquences sont profondes :

  • des familles brisées,
  • des mémoires fragmentées,
  • des héros oubliés ou tardivement reconnus,
  • des blessures encore sensibles dans les récits locaux.
Ce que l’on retient

Ce n’est pas seulement une histoire de guerre. C’est une histoire de choix. Des hommes et des femmes ordinaires qui, un jour, ont décidé de ne plus subir. Ils n’étaient ni soldats de carrière, ni figures célèbres. Mais ils ont tenu. Et dans ces petites villes comme Montréjeau, c’est souvent là que s’est jouée, discrètement, une part essentielle de la liberté retrouvée.

 

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