Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Décès de Émile VERDIER le résistant chef de gare de Saléchan

Publié le par Elisabeth BORDERES

Vous pouvez laisser un commentaire de votre passage.

émile verdier gare saléchan

Émile VERDIER un nom qui n’apparaît pas dans les grands livres d’Histoire, mais sans lesquels des centaines de vies auraient sombré dans les prisons allemandes, les camps de concentration ou la mort.  À Saléchan, petit village accroché aux vallées pyrénéennes, il n’était « que » chef de gare. Un homme discret, un cheminot parmi tant d’autres. Pourtant, durant les années noires de l’Occupation, cette petite gare perdue au pied des montagnes allait devenir l’un des passages secrets vers la liberté. Né le 19 août 1891 à Sauveterre-de-Comminges, fils de François VERDIER et de Françoise GRANGE, Émile grandit dans ce pays de vallées, de montagnes où les habitants ont toujours appris à vivre avec rudesse, discrétion et solidarité.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est chef de gare à Saléchan. Une fonction qui pourrait sembler banale. Pourtant, dans une France occupée, chaque train devient un risque, chaque voyageur un suspect potentiel, chaque billet un espoir. À partir de 1942, les Pyrénées deviennent l’une des dernières portes vers l’Espagne. Des hommes et des femmes arrivent de toute la France : résistants traqués, Juifs cherchant à fuir les rafles, aviateurs alliés abattus, jeunes refusant le STO, familles poursuivies par la Gestapo. Le train les dépose souvent à Saléchan.

La gare devient un « kilomètre zéro », celui des chemins clandestins. Ceux que l’on emprunte de nuit, sans lumière, sans bruit, avec la peur au ventre. Émile VERDIER, sous le pseudonyme de « GIRARD », appartient alors au réseau Dutch-Paris ainsi qu’aux Forces Françaises Combattantes et aux FFI. Son rôle est capital. Il réceptionne discrètement les évadés. Il observe les mouvements suspects. Il transmet des informations. Il rassure parfois des hommes épuisés par des semaines de fuite. Puis il les oriente vers les passeurs de montagne. Parmi eux figurent notamment Louis BORDES et les réseaux actifs entre le Comminges, la Barousse et le Val d’Aran.

Depuis Saléchan, les groupes prennent la direction de Cazarilh, Mauléon-Barousse, les hauteurs du Port de Balès, puis l’Espagne. Les chemins empruntés sont volontairement les plus escarpés, les moins fréquentés, les plus dangereux parfois. Il faut éviter les patrouilles allemandes, les douaniers, les dénonciations. En hiver, la neige transforme les cols en pièges mortels. Beaucoup marchent avec des chaussures de ville, des vêtements inadaptés, parfois affamés. Au bout de ces montagnes se trouve la liberté.

Dans l’ombre de la gare, Émile VERDIER et son épouse participent à cette immense chaîne humaine du sauvetage. Une chaîne faite de petites mains, de portes entrouvertes, de repas improvisés, de mots murmurés à voix basse. Sans ces cheminots résistants, beaucoup de filières n’auraient jamais fonctionné. Les réseaux d’évasion ne reposaient pas uniquement sur les grands chefs ou les combattants armés. Ils vivaient grâce à des femmes et des hommes ordinaires qui détournaient leur métier pour sauver des vies. Un chef de gare pouvait devenir résistant.

Après la guerre, comme beaucoup d’anciens résistants pyrénéens, Émile VERDIER reprend une existence discrète. Peu de récits, de confidences, de témoignages. Toute une génération préféra souvent le silence au récit héroïque. Il décède le 23 octobre 1977 à Izaourt, à l’âge de 86 ans. Longtemps, son nom resta peu connu du grand public.

Mais la mémoire retrouve son chemin. En 2019, un hommage lui est rendu à l’ancienne gare de Saléchan. Une plaque commémorative y est dévoilée, accompagnée d’une borne symbolique du « kilomètre zéro des chemins de la liberté ». Ce jour-là, un responsable des résistants de la SNCF rappela une vérité essentielle :

« Ils n’étaient pas des héros, mais des hommes et des femmes comme tout le monde qui ont vécu des événements hors du commun. »

Cette phrase résume parfaitement Émile VERDIER. Un homme simple. Un cheminot. Un résistant. Et surtout, un de ces passeurs d’espérance sans lesquels tant de destins auraient été brisés dans les montagnes pyrénéennes.

 

Commenter cet article