Karl-Heinz MÜLLER : de la villa Raphaël de Luchon à la Gestapo de Toulouse
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De novembre 1942 à août 1944, la Gestapo fait régner la terreur dans le Comminges et la région toulousaine. Parmi ses responsables figure Karl-Heinz MÜLLER, un ancien policier allemand qui, après avoir dirigé la Grenzpolizei de Luchon, poursuit sa carrière dans les services de répression de Toulouse. Condamné à mort par la justice française en 1953, il terminera pourtant tranquillement sa carrière… dans la police allemande !
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Tout commence à Lüneburg, en Allemagne…
Le 6 février 1911, dans la ville de Lüneburg, en Allemagne, Franz et Helene MÜLLER accueillent un garçon qu'ils prénomment Karl-Heinz. À cette époque, personne ne peut imaginer que cet enfant deviendra, trente ans plus tard, l'un des responsables de la police politique nazie dans le Sud-Ouest de la France. Le jeune Karl-Heinz grandit à Lüneburg, y poursuit ses études secondaires et commence un apprentissage de négociant et de tonnelier chez Crato & Comp., un grossiste en vins. Du commerce du vin à la Gestapo, il y a tout de même un sacré changement de profession !
Mais avant d'en arriver là, notre homme décide de rejoindre la police. Le 8 avril 1931, à vingt ans, il entre comme élève policier dans la Schutzpolizei de Hildesheim. Sa carrière est lancée. Le 18 décembre 1936, il épouse Margarete BORCHER.
Quelques mois plus tard, le 8 juillet 1937, il demande son adhésion au Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP). Sa demande est acceptée avec effet rétroactif au 1er mai 1937, sous le numéro 5 745 830. Il rejoint également la SS, où il reçoit le matricule 344 688. Voilà désormais Karl-Heinz MÜLLER engagé dans les organisations du régime nazi. Il poursuit sa carrière dans les services de sécurité allemands, notamment à Hanovre, avant d'être envoyé en France en 1940. Et c'est dans notre région que son histoire va prendre une tournure particulièrement sinistre.
Novembre 1942 : Karl-Heinz Müller
s'installe à la villa Raphaël de Luchon
Dans le Comminges, la vie est déjà bien compliquée. Les restrictions alimentaires, les tickets de rationnement, les pénuries et les inquiétudes font partie du quotidien. Depuis l'armistice de juin 1940, la région appartient à la zone dite libre. Mais cette liberté est toute relative, et les habitants vont bientôt s'en apercevoir.
Le 11 novembre 1942, les troupes allemandes envahissent la zone sud. Les voilà donc dans nos montagnes. Et nos Pyrénées intéressent particulièrement les autorités allemandes. Il faut dire que la frontière espagnole est devenue une véritable épine dans leur pied. Des prisonniers évadés, des aviateurs alliés, des résistants, des Juifs persécutés et bien d'autres personnes tentent de rejoindre l'Espagne en empruntant les chemins de montagne. Ces passages clandestins sont organisés par des hommes et des femmes qui connaissent parfaitement le pays. Parmi eux figurent des habitants du Comminges et de la Barousse, dont certains appartiennent aux réseaux Françoise, Dutch-Paris ou Buckmaster et d'autres. Autant dire que les Allemands ont bien l'intention de mettre fin à ces allées et venues !
C'est dans ce contexte que Karl-Heinz MÜLLER arrive à Bagnères-de-Luchon en novembre 1942. Il prend la direction de la Grenzpolizei, la police allemande des frontières, installée dans la villa Raphaël. Cette villa restera le siège de la Grenzpolizei jusqu'en août 1944. Ce service est chargé de surveiller la frontière, de rechercher les passeurs et de réprimer les activités clandestines.
La villa Raphaël devient rapidement un lieu redouté. On y conduit des personnes arrêtées ou soupçonnées d'aider les réseaux d'évasion. Les interrogatoires peuvent s'accompagner de violences et de tortures. Dans ce dispositif Karl-Heinz MÜLLER dirige la Grenzpolizei de Luchon de novembre 1942 à mars 1943. Quatre mois durant lesquels les services allemands commencent à renforcer leur surveillance des passages pyrénéens.
Mars 1943 : direction Toulouse !
En mars 1943, Karl-Heinz MÜLLER quitte ses fonctions à Luchon où Karl Johannès Heinrich DFETLEFS le remplacera jusqu'en juillet 1944 Il est envoyé à Toulouse, où il rejoint les responsables de la police de sécurité allemande. Il y exerce des responsabilités au sein de la section IV du Kommando der Sicherheitspolizei und des Sicherheitsdienst, plus simplement appelé KdS.
La section IV, c'est la Gestapo. Le service chargé de combattre les opposants au régime nazi, de traquer les résistants et de participer aux persécutions politiques et raciales. MÜLLER est notamment associé à la répression antijuive et aux transferts de personnes juives vers le camp de Drancy, près de Paris. Ce camp constitue alors l'un des principaux lieux de rassemblement des Juifs arrêtés en France avant leur déportation. Dans les services de Toulouse, MÜLLER succède à Helmut RETZEK à la tête de la section IV, une prise de fonctions en mai 1943. Ses supérieurs sont successivement Rudolf BILFINGER et Friedrich SUHR.
Pendant ce temps, à Luchon, un autre officier allemand fait parler de lui : Karl DETHLEFS. Arrivé en mars 1943, il deviendra l'un des personnages les plus redoutés de la région. Les habitants le surnommeront « Cou de Cigogne ». Un surnom presque amusant, si l'homme n'avait pas laissé derrière lui autant de souffrances. La villa Raphaël reste donc au cœur du dispositif allemand de surveillance des Pyrénées, tandis que Toulouse constitue l'un des principaux centres de commandement de la répression régionale.
Janvier 1943 : Maurice Sarraut dans le viseur de la Gestapo
Revenons quelques semaines en arrière. Le 8 janvier 1943, Maurice SARRAUT, directeur du journal La Dépêche, est arrêté par la Gestapo. Les services allemands le soupçonnent d'entretenir des relations avec les milieux maçonniques et de participer à un vaste complot dans le Midi de la France. Les accusations de complot maçonnique occupent alors une place importante dans l'idéologie nazie.
Karl-Heinz MÜLLER est cité dans les renseignements relatifs à cette affaire. Son rôle personnel exact reste cependant à préciser, puisqu'il dirige alors la Grenzpolizei de Luchon. L'épisode illustre néanmoins les préoccupations des services allemands. Il ne s'agit pas seulement de surveiller les frontières ou d'arrêter les personnes qui transportent des messages clandestins. Les journalistes, les personnalités politiques, les francs-maçons et tous ceux que le régime considère comme des adversaires peuvent également devenir des cibles.
Et il n'est pas nécessaire de porter une arme pour se retrouver dans leurs fichiers.
Décembre 1943 : la Gestapo frappe en pleine nuit
Dans la nuit du 13 au 14 décembre 1943, une vaste opération est organisée à Toulouse, en Haute-Garonne et dans plusieurs départements voisins. Elle restera connue sous le nom d'« Opération de minuit ». Le nom pourrait presque évoquer un roman d'espionnage. Malheureusement, pour les personnes arrêtées et leurs familles, il n'a rien d'une fiction. Cette nuit-là, la Gestapo et ses auxiliaires français procèdent à l'arrestation d'environ 110 résistants. Les arrestations sont coordonnées. Les policiers connaissent les adresses et les identités de nombreuses personnes recherchées.
Parmi les victimes figure François VERDIER, surnommé « Forain », chef régional de la Résistance. Il est arrêté, emprisonné et torturé. Le 27 janvier 1944, il est assassiné dans la forêt de Bouconne, près de Toulouse. Un autre nom retient particulièrement l'attention : celui de Gabriel GESSE. Cet homme est responsable des évasions dans la région de Saint-Gaudens. Son activité le rattache directement à l'histoire des réseaux de passage vers l'Espagne, que je retrace à travers les parcours des résistants et des passeurs du Comminges. Son arrestation montre que les services allemands ne se contentent pas de surveiller Toulouse. Leurs opérations s'étendent jusqu'aux vallées pyrénéennes.
Les personnes arrêtées lors de l'« Opération de minuit » connaissent des destins tragiques. Beaucoup sont déportées ou exécutées. Et derrière ces arrestations se pose une question qui revient sans cesse dans les archives : comment les Boches avaient-ils obtenu autant de renseignements ? Les surveillances, les interrogatoires, les documents saisis et les dénonciations contribuent à alimenter les fichiers de la Gestapo. Car il ne faut pas oublier que les services allemands disposent également d'auxiliaires français. Certains travaillent pour eux par conviction, d'autres par intérêt, opportunisme ou pour des raisons personnelles.
Le résultat, lui, est le même pour les victimes.
Le 10 mars 1944 : un résistant assassiné dans sa chambre
Le 10 mars 1944, à Toulouse, la Gestapo abat Marcel HENNEQUIN dans sa chambre du foyer d'étudiants polonais. Le bâtiment se trouve à l'emplacement de l'actuel 45, allée des Demoiselles. Une adresse que l'on pourrait aujourd'hui longer sans imaginer ce qui s'y est déroulé. C'est aussi pour cela que je tiens à conserver les lieux précis dans mes recherches. Les rues, les maisons et les bâtiments ne sont pas seulement des points sur une carte. Ils ont été les témoins de ces événements.
Et parfois, ils sont les derniers vestiges matériels d'une histoire que les générations suivantes ne connaissent plus.
Juin 1944 : les massacres se multiplient dans notre région
Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. Dans le Sud-Ouest, la nouvelle se répand rapidement. Les résistants savent que la Libération approche. Mais les Allemands ne sont pas encore partis. Et les semaines qui suivent vont être particulièrement meurtrières.
Le 10 juin 1944, une colonne de la 2e division blindée SS « Das Reich » mène plusieurs opérations dans la vallée de la Garonne, en Haute-Garonne et en Ariège.
- À Martres-Tolosane, neuf hommes sont sommairement exécutés.
- À Marsoulas, les soldats allemands massacrent des habitants et un résistant. Le bilan fait état de 27 habitants et d'un résistant tués.
- À Mazères, en Ariège, cinq résistants et trois civils sont tués.
- À Saint-Michel, un tout petit village près de Cazères, deux résistants et quatre civils sont assassinés à la ferme du Ruisseau.
- Les communes de Betchat, Fabas et Mercenac sont également frappées. Quatre habitants et deux maquisards y sont abattus.
Ces opérations ne peuvent pas toutes être attribuées personnellement à Karl-Heinz MÜLLER. Elles appartiennent cependant à cette même période de répression, durant laquelle les services de police allemands et les unités militaires SS participent à la lutte contre la Résistance.
Pour les habitants, la distinction entre les différentes organisations allemandes importe bien peu. Ce qu'ils voient, ce sont des soldats armés, des arrestations, des maisons fouillées et des hommes qui ne reviennent pas.
Le 27 juin 1944 : seize résistants conduits au bois de la Reulle
Le 27 juin 1944, une nouvelle tragédie se déroule au nord de Toulouse. Dans le quartier allemand de la prison Saint-Michel, des résistants sont détenus. Ce jour-là, seize prisonniers sont désignés pour être exécutés. Selon les renseignements relatifs à cette opération, la décision implique deux responsables du KdS de Toulouse : Friedrich SUHR et Karl-Heinz MÜLLER.
Les détenus sont emmenés au bois de la Reulle, sur la commune de Gragnague, près de Castelmaurou. Un détachement du 2e bataillon de réserve du régiment « Deutschland », appartenant à la division SS « Das Reich », est chargé de l'exécution. Il est commandé par le lieutenant Anton PHILIPP. Les prisonniers sont abattus.
Les renseignements biographiques allemands concernant MÜLLER mentionnent également sa participation à une exécution de quinze Français le 27 juin 1944 à Castelmaurou. Un élément est particulièrement important : MÜLLER apparaît ici non plus seulement comme un responsable administratif de la Gestapo, mais comme un homme mis en cause dans une décision d'exécution collective.
Le 6 juillet 1944 : la tragédie de Buzet-sur-Tarn
Quelques jours plus tard, le 6 juillet 1944, c'est au tour de Buzet-sur-Tarn, en Haute-Garonne, d'être frappé. L'opération allemande aurait été déclenchée à la suite d'une dénonciation provenant d'un collaborateur de la Sipo-SD.
À la Borde Basse, les soldats arrêtent Antoine PORTA, lié à l'Armée secrète. Ses deux fils, Jean et Joseph, sont également pris. Les trois hommes sont torturés puis exécutés. Dans le village, cinq autres hommes appartenant au même groupe de résistants sont arrêtés, ainsi que le maire. Ils sont conduits au domaine de la Palmola. Là encore, les prisonniers sont torturés et exécutés. Le soir, un couple est assassiné à la ferme de Vieusse.
En une seule journée, plusieurs familles sont anéanties. Et l'on retrouve, une fois de plus, cette question des dénonciations. Qui a parlé ? Que savait cette personne ? Pourquoi a-t-elle livré ces hommes ? Les archives judiciaires d'après-guerre permettent parfois de retrouver les réponses. Mais pas toujours.
Août 1944 : les Allemands savent que la fin approche
Au mois d'août 1944, la situation militaire devient de plus en plus difficile pour les forces allemandes. Les maquis multiplient leurs actions. Les communications sont perturbées. La Libération approche. Mais les services répressifs continuent leurs opérations.
Le 17 août 1944, 54 détenus sont transférés à la ferme d'En Fournet, à Buzet-sur-Tarn. Parmi eux se trouvent 29 prisonniers de la prison Saint-Michel et 25 de la prison Furgole, toutes deux situées à Toulouse. Ils sont exécutés. Leurs corps sont ensuite brûlés. Deux jours plus tard, le 19 août 1944, à la veille de la libération de Toulouse, 28 personnes sont exécutées au camp de Bordelongue. Ce lieu se trouve à l'emplacement de l'actuel 274, route de Seysses, à Toulouse. Le lendemain, 20 août 1944, Toulouse est libérée.
Pour les habitants, c'est enfin la fin de l'Occupation. Pour les familles qui recherchent un père, un fils, une fille, un mari ou une épouse, une autre épreuve commence. Il faut retrouver les disparus. Identifier les corps. Comprendre ce qui s'est passé. Et, si possible, obtenir justice.
Et Karl-Heinz Müller, dans tout cela ?
Voilà une question intéressante. Car lorsque l'on suit le parcours des responsables allemands après la Libération, on découvre parfois des situations assez surprenantes. Karl-Heinz MÜLLER retourne en Allemagne.
On pourrait imaginer qu'après avoir occupé des fonctions importantes au sein de la Gestapo de Toulouse, sa carrière policière soit définitivement terminée. Eh bien, pas du tout ! En 1948, notre ancien officier SS entre à la police criminelle de Lüneburg. Il y est nommé inspecteur stagiaire. Oui, un homme qui a appartenu à la Gestapo reprend une carrière dans la police allemande.
Et ce n'est pas terminé.
Le 9 juin 1953 : condamné à mort à Bordeaux
Pendant que Karl-Heinz MÜLLER poursuit sa carrière en Allemagne, la justice française s'intéresse à son passé. Le 9 juin 1953, il est condamné à mort par contumace à Bordeaux. Cette condamnation constitue un élément essentiel de son parcours. Une chose est certaine : l'homme condamné à mort en France continue de travailler dans la police allemande.
Et quelques années plus tard, il obtient même de nouvelles responsabilités.
Le 1er octobre 1958 : une promotion dans la police allemande
Le 1er octobre 1958, Karl-Heinz MÜLLER est muté à Celle, en Allemagne. Il prend la direction d'une section de la police criminelle. Il conserve cette fonction jusqu'à sa retraite, en 1971.
Faisons la chronologie :
- En 1931, il entrait dans la police allemande.
- En 1937, il adhérait au parti nazi et à la SS.
- En 1942, il dirigeait la Grenzpolizei de Luchon.
- En 1943 et 1944, il exerçait des responsabilités dans la Gestapo de Toulouse.
- En 1953, la justice française le condamnait à mort.
- Et en 1971, il prenait sa retraite après une carrière poursuivie dans la police allemande.
Voilà un parcours qui mérite quelques explications ! Comment son passé a-t-il été examiné lors de sa réintégration ? Les autorités allemandes connaissaient-elles sa condamnation française ? Quelles informations figuraient dans son dossier administratif ? Autant de questions auxquelles les archives allemandes pourraient apporter des réponses.
En 1978, Serge Klarsfeld remet son passé sur le devant de la scène
En 1978, Serge KLARSFELD, connu pour son travail sur la persécution et la déportation des Juifs de France, met publiquement en cause Karl-Heinz MÜLLER. Il lui attribue des responsabilités dans la mort de résistants et la déportation de personnes juives pendant l'Occupation. MÜLLER nie catégoriquement les accusations. L'ancien responsable de la Gestapo est alors retraité depuis sept ans. Mais son passé français continue de le poursuivre.
Le 26 février 1993, Karl-Heinz MÜLLER meurt à Bergisch Gladbach, en Allemagne. Il a 82 ans. Il aura vécu près d'un demi-siècle après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Et quel rapport avec notre Comminges ?
C'est justement là que cette histoire devient particulièrement intéressante pour mes recherches. Depuis plusieurs années, je reconstitue les parcours de résistants, de passeurs et de familles du Comminges et de la Barousse qui ont subi la répression allemande.
Parmi eux figurent Louis BORDES, charpentier et passeur, assassiné en juillet 1944 ; Marcelle BORDÈRES, résistante arrêtée puis déportée ; ainsi que Victorine BORDÈRES, épouse AGASSE, et ses enfants, dont la famille a été frappée par une terrible opération allemande à Galié, le 23 mai 1944. Ce jour-là, Suzanne AGASSE, âgée de dix-neuf ans et mère d'une petite fille de deux ans, est mortellement blessée. Sa petite sœur Hélène est également blessée. La maison familiale est pillée et incendiée.
Dans les documents relatifs à ces événements, le nom de Karl DETHLEFS, responsable de la police allemande de Luchon, revient régulièrement. Or, avant lui, c'est Karl-Heinz MÜLLER qui dirigeait la Grenzpolizei installée à la villa Raphaël. Et MÜLLER poursuit ensuite sa carrière à Toulouse, au sein de la section IV de la Gestapo.
Nous retrouvons donc deux hommes appartenant à un même appareil répressif, mais exerçant leurs responsabilités à des niveaux et dans des lieux différents. L'un est associé à la direction régionale de la Gestapo. L'autre à la répression menée dans les vallées pyrénéennes. Il serait évidemment imprudent d'attribuer à MÜLLER les crimes commis par DETHLEFS sans document établissant sa participation. Mais comprendre leur organisation, leurs affectations et leurs relations hiérarchiques permet de mieux saisir le fonctionnement des services allemands dans notre région. Et c'est précisément ce que je cherche à reconstituer.
Car lorsqu'on découvre qu'un homme a été arrêté à Fronsac, interrogé à Luchon, transféré à Toulouse, puis envoyé dans un camp de concentration, on comprend bien que plusieurs services sont intervenus dans son parcours. Il ne s'agit pas d'événements isolés. Il existe des structures, des responsables, des ordres et des circuits administratifs.
Et parfois, derrière une simple signature au bas d'un document, se trouve une décision qui a bouleversé la vie d'une famille entière.
Une carrière bien remplie… et beaucoup de questions !
En retraçant le parcours de Karl-Heinz MÜLLER, je ne peux m'empêcher de constater à quel point son histoire traverse des périodes très différentes.
- Le jeune apprenti tonnelier de Lüneburg devient policier.
- Le policier rejoint le parti nazi et la SS.
- L'officier SS prend la direction de la police des frontières à Luchon.
- Il rejoint ensuite la Gestapo de Toulouse.
- Après la guerre, il retourne dans la police allemande.
- Et malgré une condamnation à mort prononcée en France, il poursuit sa carrière jusqu'à la retraite.
On pourrait croire à une mauvaise plaisanterie.
Malheureusement, ce parcours appartient à l'histoire bien réelle de l'après-guerre. Et il rappelle que la chute du régime nazi n'a pas entraîné automatiquement la disparition de tous ceux qui avaient servi son appareil répressif.
Pour ma part, je continuerai à rechercher les documents permettant de comprendre les responsabilités de ces hommes, notamment dans les dossiers judiciaires conservés après la Libération. Car si les victimes ont disparu sans laisser beaucoup de traces, les administrations, elles, ont produit une quantité considérable de papiers. Des rapports, des procès-verbaux, des interrogatoires, des ordres, des listes, des dossiers de personnel… Et ces documents, lorsqu'ils ont été conservés, peuvent encore parler.
Quatre-vingts ans plus tard,
il suffit parfois d'ouvrir un dossier d'archives
pour qu'un nom oublié refasse surface.
Et derrière ce nom, c'est tout un morceau de l'histoire de notre région qui réapparaît.
Pour terminer…
Karl-Heinz MÜLLER n'est pas seulement un nom parmi les responsables de la Gestapo. Son parcours permet de relier Luchon, Toulouse, la répression des réseaux de passage pyrénéens, les arrestations de résistants, les persécutions antijuives et les difficultés de la justice d'après-guerre.
Il nous rappelle aussi que l'histoire de la Résistance ne s'écrit pas uniquement avec les noms des héros. Pour comprendre ce qu'ils ont affronté, il faut également connaître ceux qui les ont poursuivis, arrêtés, interrogés et parfois fait exécuter. Sans jamais confondre les responsabilités des uns et des autres.
Et si les archives nous permettent aujourd'hui de retrouver les parcours des victimes, elles doivent aussi nous aider à identifier précisément les hommes qui ont participé à leur persécution.
Parce que la mémoire ne consiste pas seulement à se souvenir de ceux qui ont souffert. Elle consiste aussi à comprendre pourquoi, comment et par qui ces souffrances ont été infligées.
Les recherches historiques se poursuivent. Cet article pourra être complété à mesure que de nouveaux documents permettront de préciser les responsabilités de Karl-Heinz MÜLLER et ses relations avec les services allemands de Luchon et de Toulouse.
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