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Témoignage de Edith FABRE, sept ans en 1944 à St Martory

Publié le par Elisabeth BORDERES

Merci de votre lecture. Quelques mots en commentaire permettent à ces récits de continuer leur chemin.

Les jeunes maquisards, les soldats Allemands et le vieux Maire du village (Clic image)

Edith avait sept ans en 1944. Elle vivait à Saint-Martory, rue des Nobles, en Haute-Garonne. Dans ces années-là, les enfants de cet âge ne comprenaient pas tout. Un jour, les Allemands pénétrèrent dans les maisons. Ils fouillèrent jusqu’aux greniers. La mère d’Edith eut très peur. Quelques jours plus tôt, elle avait caché chez elle la famille SIMON, une famille juive. Avant de partir, ces gens lui avaient confié des papiers, des photos, des lettres. Elle les avait dissimulés sur une poutre du grenier. Les soldats ne les virent pas. La famille SIMON ne revint jamais chercher ces documents. Ont-ils survécu ? Edith ne l’a jamais su. Elle était petite. Elle leur en voulut même quelques années, avec cette logique blessée des enfants : la dame lui avait promis un vélo neuf à son retour. Ce vélo ne vint jamais. Plus tard seulement, on comprend que certaines promesses n’ont pas été trahies.

Le lendemain de la fouille, sa mère l’envoya à l’épicerie BONNEMAISON située au coin de la rue. Il y avait des soldats allemands. Devant la boutique, l’un d’eux, déjà d’un certain âge, lui sourit. Peut-être avait-il, là-bas, dans son pays, une petite fille qui lui ressemblait. À l’intérieur, Edith vit un homme demander tout bas du chocolat à Mme MOURLAT. La vendeuse passa dans l’arrière-boutique et lui remit discrètement une tablette. Lorsque l’homme sortit, la petite fille demanda à son tour :

— Je voudrais du chocolat, moi aussi.

La réponse tomba, sèche :

— Je n’en ai pas.

Alors Edith sortit et se mit à pleurer. Le soldat allemand qui l’avait vue entrer dans l’échoppe. lui demanda ce qui se passait. La petite fille répondit, dans ses larmes :

— La dame, elle a plein de chocolat et elle ne veut pas m’en donner !

Il lui pris la main et rentra dans l'épicerie avec elle. Le soldat ordonna aussitôt qu’on donne du chocolat à l’enfant. Mme MOURLAT retourna à l’arrière-boutique et rapporta une tablette. Edith la prit et partit sans demander son reste. Derrière elle, elle entendit le soldat dire à la vendeuse :

— Nous réglerons cela quand je repasserai.

De ce qui suivit, elle ne sut jamais rien.

Quelques jours après, la guerre montra un autre visage, bien plus sombre. Des jeunes maquisards furent arrêtés. Sept ou huit, dans le souvenir d’Edith. Ils furent alignés pendant plusieurs heures près du parapet du pont du Picon. Parmi ces jeunes, il y avait Jean Rives, Robert Malbrel et Lucien Trubert, trois garçons d’His partis vers Salies-du-Salat afin de rejoindre le maquis FTPF de Betchat. Le 10 juin 1944, ils furent arrêtés par des éléments de la division SS Das Reich, puis conduits vers Saint-Martory avant d’être exécutés sommairement à Mazères, au plateau du Couston.

Edith se souvient alors du vieux maire, Monsieur BARTIER. Il arriva en claudiquant, avec son pied-bot. Devant les soldats, il supplia :

— Prenez-moi à leur place et laissez partir ces jeunes.

Il n’y eut pas de réponse. Seulement la brutalité de l’officier qui, de sa botte rutilante, lui écrasa le bout du pied. Monsieur BARTIER ne broncha pas. Il dut pourtant avoir très mal.

Ce geste, Edith ne l’oublia jamais.

 

Jean Rives avait dix-neuf ans. Robert Malbrel dix-huit. Lucien Trubert vingt-et-un. On les fit croire libres avant de les abattre dans le dos, au plateau du Couston, où une stèle rappelle aujourd’hui leur assassinat. Ce 10 juin 1944, la même division Das Reich semait la terreur dans toute la région, notamment à Marsoulas, où vingt-sept habitants furent massacrés, dont onze enfants.

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