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Un Sculpteur exceptionnel (dans ma famille maternelle) : Antoine BOURDELLE

Publié le par Elisabeth BORDERES

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Antoine BOURDELLE naît à Montauban, le 30 octobre 1861, sous le nom d’Émile Antoine Bordelles. Plus tard, le monde de l’art le connaîtra sous le nom d’Antoine Bourdelle. Ce léger changement est dû à son père qui signait ses ébénisteries de la sorte. Bourdelle lui-même rappelait que son véritable nom était Bordelles, et qu’il signait Bourdelle par modestie, comme son père avant lui.

Son père, Antoine Bordelles, était menuisier-ébéniste. Sa mère, Justine Françoise Émilie Reillès, était issue d’une famille plus modeste encore, fille de tisserand. Dans cette maison montalbanaise, le bois, le geste, l’outil et la matière faisaient partie du quotidien. Avant d’être un artiste reconnu, Bourdelle fut donc un enfant d’atelier. Il apprit très tôt à se servir de ses mains.

bourdelle Émilie mère reillès reilhès
Ma mère Emilie Reillès.

À treize ans, il quitte l’école pour travailler dans l’ébénisterie paternelle. Ce départ précoce est une entrée dans la matière. Le jeune Émile-Antoine préfère le dessin aux leçons classiques. Son talent est remarqué. Il apprend à dessiner, puis se forme aux beaux-arts de Toulouse avant de gagner Paris, grâce à une bourse.

À Paris, il entre dans l’univers exigeant des ateliers, des salons, des maîtres et des rivalités artistiques. Il fréquente l’enseignement d’Alexandre Falguière, croise Jules Dalou, puis devient praticien dans l’atelier d’Auguste Rodin en 1893. Rodin sera un maître, un appui, un témoin prestigieux de sa vie, mais Bourdelle ne restera jamais dans l’ombre de personne.

Son œuvre s’affirme peu à peu avec force. Là où Rodin fait vibrer la chair et le mouvement intérieur, Bourdelle cherche la construction, la ligne, la puissance presque antique. Il se tourne vers la Grèce archaïque, les héros, les mythes, les figures tendues vers l’éternité. Avec Héraklès archer, il impose un style monumental, tendu comme un arc. Son art n’est pas seulement décoratif : il porte une volonté, une architecture de l’âme.

Mais derrière l’artiste public, il y a aussi l’homme intime. Sa mère meurt en 1888, et cette perte le marque profondément. Sa grand-mère Jeanne Marie Muratet et sa tante Rosalie Henriette Reillès le rejoignent alors à Paris. La famille reste présente autour de lui, comme un socle discret.

Rose reillès reilhès bourdelle
Retentissante tante Rose (Reillès).

Sa vie sentimentale est complexe. Il épouse d’abord Marie Laprade, puis Stéphanie Van Parys en 1904, avec Élie Faure et Auguste Rodin pour témoins. De cette union naît Pierre Émile Emmanuel, dit Peter Bourdelle, qui deviendra lui aussi artiste et poursuivra sa carrière aux États-Unis. Plus tard, Cléopâtre Sevastos, son élève, devient son épouse en 1918. Elle lui inspire plusieurs œuvres majeures. Leur fille Rhodia, née en 1911, jouera un rôle essentiel dans la préservation de son héritage.

bourdelle rhodia
Rhodia Bourdelle

L’atelier de l’impasse du Maine, à Paris, devient son royaume. Il y travaille, y enseigne, y reçoit, y crée. Cet atelier deviendra plus tard le musée Bourdelle. C’est là que se croisent la sculpture, le dessin, la peinture, la famille, les élèves et les modèles. Bourdelle ne fut pas seulement sculpteur : il fut aussi peintre, dessinateur, décorateur, bâtisseur d’un monde intérieur.

Son travail pour le Théâtre des Champs-Élysées marque une étape importante. Il y associe sculpture, architecture et fresque, notamment sur le béton armé, dans une vision moderne et audacieuse. Bourdelle ne se contente plus de poser des œuvres dans l’espace : il dialogue avec les murs, les volumes, la lumière.

Après la Grande Guerre, il reçoit les honneurs : officier puis commandeur de la Légion d’honneur. Pourtant, malgré la reconnaissance, il reste attaché à la force première du geste, à la fidélité aux formes, à cette énergie venue de l’enfance montalbanaise et de l’atelier paternel.

bourdelle
Père et Fils. Son fils ainé Peter

Il meurt le 1er octobre 1929, au Vésinet, à l’âge de 67 ans. Il repose à Paris.

Émile-Antoine Bordelles laisse une œuvre puissante, entre tradition et modernité, entre racines familiales et grandeur universelle. Fils d’un menuisier-ébéniste et d’une mère issue du monde du tissage, il transforma l’héritage des mains travailleuses en langage monumental.

bourdelle monument montauban
L'esquisse du monument aux morts pour Montauban.

 

 

Chez lui, la famille, l’art et la matière ne furent jamais séparés. Tout commence dans le bois, dans l’atelier du père, dans la patience des gestes anciens. Et tout s’élève ensuite vers la pierre, le bronze, les héros, les muses et la mémoire.

 

 

Bordelles Montauban Monuments Morts France
Une de ses créations : Le monument aux Morts de Montauban (82).

 

Théâtre des Champs-Elysées

En 1910, année de son divorce avec Stéphanie Van Parys, il participe au projet de construction du théâtre des Champs-Élysées (aujourd'hui, au numéro 15 de l'avenue Montaigne), lancé quelques années plus tôt par Gabriel Astruc.
Pendant deux ans, il s'occupe de la décoration intérieure et extérieure de ce temple consacré aux arts. Il y mêlera sculptures, bas-reliefs et, pour la première fois dans toute l'Histoire, des fresques directement appliquées sur du béton armé.

Pour l'occasion, il se réinvente un peu architecte, achevant les plans abandonnés par Henry Van de Velde.
L'inauguration du théâtre, en avril 1913, représente aux yeux de l'artiste le mariage heureux et durable de l'architecture et de la sculpture.

Auprès de Rodin, il rencontre Camille Claudel et en 1926, il écrit ces vers en souvenir de son visage :


« Cette chair de cristal moite de vivre encore
se dés-ombrage aux yeux attesté du soleil […]
Et le marbre émouvant des paupières mi-closes
s’accomplit de rosée au long éclair obscur
Dans le grand regard tiède où s’animent les roses.
»

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