Une année à Pech Petit : lieu de retraite pour équins
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J’ai eu la chance de passer une longue formation à l’Œuvre de Pech Petit à Cremps (Lot) sous la direction de Jean-Marie LAUDAT et sa femme. Une œuvre portée par deux personnes convaincues qu’un cheval méritait le respect jusqu’à son dernier souffle : Josette et Jean Boon. Cette Œuvre avait été fondée en 1970 à Marcq-en-Barœul, dans le Nord, par Josette Boon. Son idée paraissait presque révolutionnaire pour l’époque : offrir une retraite paisible aux chevaux âgés, handicapés, épuisés ou maltraités, afin de leur permettre de finir leur vie dans la paix. Jean Boon, son époux, gérait avec sérieux toute la partie administrative et financière. Josette, elle, était l’âme de l’œuvre. Elle cherchait sans relâche des solutions pour chaque cheval en détresse. Même malade, elle continuait encore à travailler pour eux quelques jours avant son décès, en novembre 1987.
Le nom de « Pech Petit » venait d’une propriété acquise sur le causse lotois. À cette époque, l’association était pratiquement la seule en France spécialisée dans l’accueil des vieux équidés. Bien avant que la protection animale ne devienne un sujet largement médiatisé, Pech Petit accueillait déjà ces chevaux devenus inutiles aux yeux de certains humains.
Je me souviens encore de beaucoup de leurs noms : Gentille, une Comtoise de 800 kilos, Europe, Bayard, Hasty Boy, Mercédès, la plus jeune du domaine, et j’en passe. Ils avaient tous leurs habitudes, leurs caractères.
Il y avait une jument grise — car il n’existe pas de cheval blanc — aveugle, qui reconnaissait nos voix. Elle connaissait par cœur le chemin de son box jusqu’à son petit pré. Sa tête se tournait sur le côté lorsqu’elle nous entendait arriver. Elle suivait sans licol et passait ses journées au pré avec un compagnon, toujours le même, calme et protecteur.
Je me souviens avec émotion d’un alezan souffrant d’arthrose sévère : Hasty Boy, à qui je passais de l’argile sur les paturons chaque matin. Mais avant cela, il fallait le relever avec la fourche du tracteur et une sangle spéciale. Lorsqu’il nous voyait arriver, il s’asseyait presque sur ses hanches, les antérieurs repliés entre les postérieurs. Nous lui passions la sangle sous le ventre et, tout doucement, le tracteur le remettait debout. Ensuite, pendant parfois trois quarts d’heure, nous attendions qu’il puisse tenir seul sur ses jambes. Ce cheval avait gagné des courses. Il avait rapporté beaucoup d’argent à son propriétaire puis… une fois devenu inutile, il avait failli finir à l’abattoir. Sauvé in extremis, il avait été recueilli à Pech Petit. Comme il était gentil, Hasty…
Des chevaux dormaient dans des box individuels, accompagnés d’un coq ou d’une chèvre. Et puis il y avait Albert, le sanglier qui avait adopté le domaine, qui passait ses nuits à changer de stabulation, choisissant chaque soir un nouveau groupe d’équidés avec lequel dormir.
Certains se déplaçaient avec la prudence des vieux êtres perclus de douleurs. Il y avait des boiteux, des emphysémateux, des chevaux usés par le travail, des poneys « oubliés » après avoir porté pendant des années des générations d’enfants dans les manèges des centres équestres. Beaucoup étaient promis à l’abattoir. Malgré tout cela, ils continuaient à vivre avec une incroyable tendresse envers nous, les soigneurs.
Je soignais un grand cheval nommé Chouans, atteint de la maladie du crapaud. Chaque jour, je lui administrai un soin spécifique. Il vivait dans une grande pâture dotée d’un petit bois, entouré d’une quinzaine de congénères.
À Pech Petit, le domaine faisait 85 hectares. Les pensionnaires vivaient dehors, dans de grands espaces, entourés de compagnons de pré. Ils retrouvaient une existence proche de leur nature profonde : marcher, manger, observer, sentir, se reposer sous un arbre ou contre une haie à l’abri des mouches d’été. Là-bas, on comprenait que le cheval n’est pas une machine de sport, de rendement ou de loisir. C’est un être vivant doté de mémoire, de sensibilité et d’émotions.
Cette année de formation m’a profondément marquée. J’y ai appris les soins, l’observation, la patience, le respect des rythmes naturels, les petits gestes du quotidien qui soulagent un animal abîmé. Mais j’y ai surtout appris autre chose : la valeur de la vie et de la fidélité. Parce qu’un vieux cheval ne demande presque rien, tel une main douce. Et qu’on ne le trahisse pas à la fin de sa vie. Aujourd’hui encore, quand je repense à Pech Petit, je revois ces vieux chevaux que beaucoup auraient considérés comme « inutiles » alors qu’ils étaient, au contraire, de véritables leçons de vie.
Josette et Jean Boon avaient compris quelque chose d’essentiel : la grandeur d’une société se mesure aussi à la façon dont elle traite ceux qui ne peuvent plus produire. Et cela vaut autant pour les animaux… que pour les humains.
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L'Œuvre de Pech Petit rassemble des points d'accueil répartis sur l'ensemble du territoire français. Ce sont des particuliers, souvent des agriculteurs qui reçoivent les chevaux chez eux. L'association n'en reste pas moins à la recherche de nouveaux centres d'accueil.
Adresse du siège social et secrétariat :
Pech Petit
5 route de Brest
BP 20035
29460 DAOULAS
Téléphone :
02 98 00 10 85
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