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Le conseil municipal de Galié reconnaît officiellement la mort de Suzanne Agasse comme un dommage de guerre

Publié le par Elisabeth BORDERES

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Le 12 septembre 1944, moins d'un mois après la Libération du Comminges, le conseil municipal de Galié se réunit sous la présidence du maire. La guerre n'est pas encore terminée en Europe, mais l'heure est déjà au douloureux bilan. Les habitants tentent de reconstruire leurs vies tandis que les communes doivent faire face aux conséquences humaines et matérielles laissées par quatre années d'Occupation.

Parmi les dossiers examinés ce jour-là figure celui de Suzanne Agasse, jeune femme mortellement blessée lors de l'attaque allemande menée contre la maison familiale de Galié, le matin très tôt du 24 mai 1944.

 

Le procès-verbal de la séance est d'une grande importance historique. Le maire expose aux conseillers municipaux que les frais d'hospitalisation et d'obsèques de Suzanne Agasse s'élèvent à 1 663 francs. Le registre précise : « Les frais d'hospitalisation et d'obsèques de Suzanne Agasse s'élèvent à mille six cent soixante-trois francs, consécutifs à l'opération menée fin mai par la Gestapo ayant provoqué le décès de la dite Agasse Suzanne le vingt-quatre mai. » Cette formulation est essentielle. Elle établit officiellement, dans un document administratif communal rédigé seulement quelques semaines après les faits, que la mort de Suzanne Agasse est directement imputable à une opération de la Gestapo.

À une époque où les enquêtes judiciaires ne sont pas encore achevées et où de nombreux responsables allemands sont toujours en fuite, cette reconnaissance revêt une valeur historique.

 

Le maire propose ensuite que cette dépense soit considérée comme un dommage de guerre, afin que la commune puisse obtenir une participation financière de l'État et du Département. Le registre poursuit : « Pouvant être considérés comme dommages de guerre, il serait bon de demander une participation maximum de l'État et du Département au remboursement de ces frais. » Après délibération, le conseil municipal adopte cette proposition à l'unanimité.

La décision est sans équivoque : « Considérant que l'exposé de son président est juste, décide à l'unanimité qu'il conviendra de demander à Monsieur le Sous-Préfet l'indemnité maximum, en tant que dommages de guerre, pour cette dépense. » Ainsi, quelques mois seulement après le drame, les élus de Galié reconnaissent officiellement que les frais engagés pour Suzanne Agasse sont la conséquence directe d'un acte de guerre commis par les autorités allemandes.

 

Le 24 mai 1944 vers 5h du matin, les forces allemandes, composées d'hommes de la Grenzpolizei et de la Gestapo de Luchon, attaquent la maison de la famille Agasse à Galié. Au cours de l'assaut, plusieurs grenades sont lancées dans l'habitation. Suzanne Agasse, âgée de seulement dix-neuf ans, est grièvement blessée par les éclats. Malgré les soins prodigués après son départ du domicile avec sa sœur Hélène avant 9h, elle succombe à ses blessures quelques heures plus tard lors de son transport à l'hôpital de St Gaudens.

Sa mort bouleverse profondément le village. Pour certains habitants, Suzanne devient le visage innocent de la violence aveugle qui s'abat alors sur les vallées pyrénéennes.

 

Ce procès-verbal constitue aujourd'hui une source historique majeure. Il confirme officiellement plusieurs éléments essentiels : que Suzanne Agasse est décédée des suites de l'opération allemande du 24 mai 1944 ; que cette opération est explicitement attribuée à la Gestapo par les autorités communales elles-mêmes ; que les frais liés à son hospitalisation et à ses obsèques s'élèvent à 1 663 francs (une fortune à l'époque alors que les Allemands ont pillés la maison familiale de tous ses biens et l'ont incendiée!) ; que le conseil municipal demande leur indemnisation au titre des dommages de guerre ; enfin, que cette décision est adoptée à l'unanimité. Au-delà de son intérêt administratif, cette délibération rappelle qu'après la Libération, les communes rurales durent elles aussi gérer les conséquences humaines de l'Occupation : soutenir les familles endeuillées, établir les responsabilités et faire reconnaître officiellement les souffrances subies.

Plus de quatre-vingts ans après les événements, ce simple registre communal demeure un témoignage bouleversant. En quelques lignes sobres, il conserve la mémoire d'une jeune femme dont la vie fut brutalement interrompue par la barbarie nazie, et il rappelle que derrière chaque dossier de « dommages de guerre » se cachait avant tout un destin brisé et une famille à jamais marquée.

 
Nous ne t'oublions pas Suzanne !

 

 

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