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Le passeur Félix ANDIANO

Publié le par Elisabeth BORDERES

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andiano bordes
Félix ANDIANO. (1).

 

Le 24 janvier 1924, dans le petit village pyrénéen de Vielha, au cœur du Val d’Aran, naît Félix Andiano, fils d’un mineur catalan. L’Espagne est encore meurtrie par les tensions politiques qui annoncent la guerre civile. Comme beaucoup d’enfants de cette génération, Félix grandit dans un monde où les montagnes sont un refuge et une frontière. En 1939, la Retirada pousse des milliers de républicains espagnols à franchir les Pyrénées vers la France. Félix, adolescent, arrive en Ariège et trouve du travail aux mines de talc de Luzenac. Puis il descend vers la Haute-Garonne, s’installe à Saint-Martory et devient ouvrier carrier, avant d’être cantonnier à St Martory en 1943. Sportif, il joue pour "l'étoile sportive saint-martorienne", où il se lie d’amitié avec José Cassé, un autre jeune homme au caractère loyal et généreux.

La guerre étend son ombre. Les Pyrénées, que Félix connaît comme sa poche, deviennent un passage stratégique pour évacuer des pilotes alliés abattus au-dessus de la France. Très vite, il est recruté comme agent occasionnel par le réseau Françoise, dirigé par Marie-Louise Dissard. Ce réseau, né des cendres du célèbre Pat O’Leary, sauve des centaines d’hommes en les convoyant clandestinement vers l’Espagne. Félix forme une équipe avec son ami José Cassé et Louis BORDES, un autre guide chevronné. Ensemble, ils escortent des groupes de pilotes anglais, américains, hollandais à travers forêts et cols enneigés. Les nuits sont longues, le silence pesant. Chaque bruit peut trahir leur présence. Ils avancent lentement, aidés par d’autres résistants locaux comme Henri Marrot dit "Mireille" et Pierre Treillet dit "Palaud", qui connaissent les moindres sentiers. « On ne savait jamais à l’avance par où passeraient les aviateurs, ni qui les convoierait. On faisait ce qu’on pouvait et non ce qu’on voulait. » écrira plus tard Marie-Louise Dissard dans son journal.

Félix est guide et, selon le registre britannique des agents, il a participé activement à l’évasion de plusieurs groupes d’aviateurs vers l’Espagne (Certificate 33666 ; Claim P 6336). On y lit : “Agent de passage, grade proposé 5”. À mesure que les mois passent, la Gestapo resserre son étreinte sur les réseaux d’évasion. Des amis tombent. "Mireille" est abattu, et à Toulouse, des résistants sont fusillés. Mais Félix poursuit sa mission, au risque de sa propre vie.

La Libération le ramène à une vie plus simple. Félix quitte Saint-Martory et s’installe près de Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées, où il travaille dans une grande usine. Peu bavard sur ces années de lutte, il garde pour lui ses souvenirs de nuits froides et de visages reconnaissants. En mars 1986, Félix Andiano s’éteint. Ses anciens compagnons le revoient encore parfois, le visage buriné par le temps, l’air modeste de celui qui a accompli son devoir sans attendre de reconnaissance.

Aujourd’hui, Félix Andiano demeure un témoin de cette Résistance des anonymes. Lui et tant d’autres ont incarné cette France invisible qui, dans l’ombre des montagnes, a fait passer des hommes vers l'inconnu. Félix illustre un profil typique de résistant transfrontalier : réfugié espagnol, ouvrier modeste, impliqué activement dans les réseaux d’évasion. Sa reconnaissance alliée et la trajectoire post-guerre témoignent de l’importance régionale de Saint-Martory, lieu de convergence des passeurs pyrénéens.

(1) Pour réaliser son projet, (?) prend contact avec les deux passeurs locaux : Louis Bordes et Félix Andiano. Le 1er novembre sera le jour J.

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