Le voyage vers un camp de concentration de Marcelle BORDES-BORDERES
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Le 13 mai 1944, le nom de Marcelle BORDES est appelé. Il n’y a ni surprise… ni véritable préparation possible. Seulement cet instant redouté, imaginé tant de fois dans l’attente du Fort de Romainville. Elle se lève. Dans la cour, tout va vite. Des femmes sont regroupées. Quelques-unes de ses compagnes sont appelées à leur tour ; instinctivement, elles se rapprochent et se serrent, comme pour puiser les dernières forces dans la présence des autres. Des paquets serrés contre soi — souvent dérisoires, des regards qui s’accrochent une dernière fois, personne ne parle.
Le convoi est là. Convoi Partie I – Liste 212. Marcelle monte dans un wagon de marchandises. Les portes se referment et le monde extérieur disparaît. À l’intérieur, il n’y a presque rien. pas de sièges, peu d’air, une obscurité épaisse, des corps serrés les uns contre les autres. Très vite, l’espace manque. On s’organise comme on peut, certaines s’assoient, d’autres restent debout, toutes sont coincées. Le train démarre dans un bruit sourd et métallique. Répétitif, il devient le seul rythme. Les heures… puis les jours passent. Marcelle perd la notion du temps. Jour ou nuit ? Impossible de savoir vraiment. La faim revient, plus dure, et la soif devient une torture de plus. L’air est lourd, chargé de fatigue, d’angoisse, de peur. Parfois le train s’arrête, on espère… mais rien ne vient, ou presque.
Très vite, les corps souffrent. Crampes, engourdissement, vertiges, fatigue extrême. Certaines faiblissent. D’autres tentent de soutenir, de parler, de maintenir un semblant de présence. Marcelle s’accroche. Elle ferme les yeux par moments. Elle pense aux montagnes, à l’air libre et surtout à sa famille. Dans ce wagon, il ne reste que l’essentiel, plus de statut, plus de différences, seulement des femmes face à l’épreuve. On partage : une goutte d’eau, un mot, une présence. Parfois, une main cherche une autre. Marcelle sent cette humanité fragile… mais tenace, même ici. Personne ne sait exactement où elles vont. Le voyage dure plusieurs jours, du 13 au 18 mai 1944. Chaque heure est une épreuve, chaque instant une résistance. Marcelle ne pense qu'à survivre, respirer, rester consciente et ne pas céder à la panique.
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Puis, un jour le train ralentit, les bruits changent, et les portes s’ouvrent brutalement. La lumière entre, violente, l’air frais frappe les visages. Puis les ordres, les cris. Marcelle descend, ses jambes tremblent, son corps vacille, mais elle tient. Elle lève les yeux, devant elle : le camp de concentration de Ravensbrück. Elle ne le sait pas encore pleinement… mais une autre épreuve commence.
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Et pourtant, au fond d’elle, quelque chose subsiste. Après la villa Raphaël, après Romainville, après le voyage, une certitude intacte : tant qu’elle tient debout, tout n’est pas perdu.
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