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Mon adolescence dans le Tarn

Publié le par Elisabeth BORDERES

Vous pouvez partager votre adolescence au bas de cet article.

 

Les mobylettes pour aller
aux fêtes et danser aux bals

 

À mon adolescence, il y avait les routes de campagne, les moteurs pétaradants des mobylettes, les fêtes de village et cette incroyable sensation de liberté qui accompagnait chacun de mes week-ends. Dès l'âge de douze ans, avec la bande de copains et de copines, nous écumions tous les bals des environs. Castres, Saïx, Lavaur, Puylaurens, Navès, Soual, Lagarrigue, Vielmur-sur-Agoût, Jonquières et bien d'autres villes et villages encore. Dès qu'une fête était annoncée quelque part, nous le savions d'années en années. À cette époque, les fêtes votives rythmaient la vie des villages. Elles commençaient souvent le vendredi après-midi et ne s'achevaient que le lundi soir. Pendant quatre jours, les manèges tournaient, les stands attiraient ceux qui croyaient à la chance pour repartir avec un lot gagnant, les orchestres jouaient, les premières disco mobiles passaient des disques vinyles et les places des villages se remplissaient de jeunes venus de tout les alentours. Nous étions de tous les bals. Même ceux du lundi, où l'on dansait la valse, la java et les danses musette que les tubes du moment.

 

 

Lorsque j'avais treize ans, notre famille quitta Viviers-lès-Montagnes pour s'installer à Saïx. Mais ce déménagement ne changea rien à ma vie sociale. Je conservai tous mes amis de Viviers et je m'en fis de nouveaux à Saïx. Très vite, la bande s'agrandit encore. Il y avait Sylvie, que tout le monde surnommait affectueusement « Quinquin », une excellente amie. Laurence, sa sœur Cristel et leur frère Christophe. François, plus connu sous le surnom de « Corbeau ». Victor, son inséparable compagnon d'aventures. Mon frère Didier. Franck, que nous appelions « Pas », d'après son nom de famille. Dibiago, dont j'ai oublié le prénom tant nous l'appelions tous par son patronyme. Et puis beaucoup d'autres encore, qui ont laissé leur empreinte dans mes souvenirs. Les plus âgés possédaient déjà leur mobylette. Dès qu'ils avaient quatorze ans, ils obtenaient ce précieux symbole d'indépendance. Alors nous nous entassions dessus pour partir aux bals. Deux sur une selle ou le porte-bagage était courant, mais il arrivait que parfois nous soyons trois lorsqu'il manquait une place ou deux.

 

 

Quand toute la bande prenait la route, cela formait une véritable chenille de mobylettes. Les moteurs bourdonnaient à l'unisson sur les petites routes du Tarn. Ceux qui possédaient un phare avant ouvraient souvent la marche. Ceux qui avaient un feu arrière fermaient le convoi. Entre les deux s'étirait une longue file de jeunes qui riaient, plaisantaient et se lançaient des blagues d'une machine à l'autre. Bien sûr, les pannes faisaient partie de l'aventure. Une courroie qui sautait, une bougie encrassée, une chaîne qui se détendait ou un moteur capricieux pouvaient interrompre notre progression. Nous nous arrêtions alors sur le bord de la route. Les plus bricoleurs démontaient, réparaient et remontaient les pièces avec une étonnante débrouillardise. Quelques minutes plus tard, les mains couvertes de cambouis, ils redonnaient vie à la machine sous les plaisanteries des autres. Puis nous repartions comme si rien ne s'était passé. Que de rires nous avons partagés sur ces routes !

 

 

Arrivés à destination, les filles avaient sorti leurs plus belles tenues et les garçons étaient eux aussi soigneusement habillés. Vers vingt-deux heures, nous étions sur la piste de danse. Les bals se terminaient alors vers deux heures du matin. Pendant quatre heures, nous dansions sans presque nous arrêter. Rock, disco, funky, variétés françaises ou internationales, tout y passait. Personnellement, j'aimais danser tous les styles de musique. Beaucoup d'entre nous étaient pareils. Nous passions d'un rock endiablé à un morceau funky sans même reprendre notre souffle. Le lundi, l'ambiance changeait. Les orchestres musette prenaient le relais et les valses, les tangos, les pasos-dobles ou les javas résonnaient sur la place ou sous les chapiteaux. Là encore, nous étions présents. Nous faisions parfois quelques tours de manège, mais nos moyens étaient modestes. La plupart du temps, nous nous contentions de déambuler dans les allées de la fête, de rire, de discuter et de retrouver d'autres groupes d'amis. À chaque village, nous connaissions quelqu'un. À chaque fête, de nouvelles connaissances rejoignaient la bande.

 

1984.

 

Aujourd'hui lorsque j'y repense, c'est l'ambiance qui régnait alors qui me revient en mémoire. Nous ne buvions pratiquement pas d'alcool. Certains prenaient une bière ou deux, mais personne ne cherchait à se saouler. Nous étions là pour nous amuser, danser et passer de bons moments ensemble. Quant aux histoires de cœur, elles ne m'intéressaient guère. J'évitais soigneusement les slows, je ne voulais pas être draguée. Les garçons de la bande étaient avant tout mes amis et je ne souhaitais rien compliquer. Les inconnus ne m'intéressaient pas davantage. J'étais très heureuse ainsi, célibataire et libre. Autour de moi, pourtant, les couples se formaient. Certains ne duraient que quelques semaines, d'autres plusieurs mois, parfois plusieurs années. Je regardais cela avec bienveillance mais sans envie particulière. Mon bonheur, à cette époque, consistait simplement à vivre pleinement mon adolescence. Et quelle adolescence !

 

 

À quatorze ans, ce fut enfin mon tour. Mon frère me monta une Peugeot « maison », comme on disait alors. Un cadre récupéré ici, un moteur trouvé là, un guidon adapté, quelques réglages... J'avais ma propre machine. Pour moi, c'était la liberté. Je pouvais désormais transporter mes copines, rejoindre les autres sans dépendre de personne et partir à l'aventure sur les petites routes du Tarn. Il m'arrivait parfois de prendre un copain en passager lorsqu'une panne l'avait laissé sur le bord de la route. Mais cela restait assez rare, car presque tout le monde possédait sa propre mobylette.

 

 

Ces années-là furent parmi les plus belles de ma jeunesse. Nous n'avions pas grand-chose, mais nous avions l'essentiel : des amis sincères, des rêves simples, une formidable envie de vivre et l'impression que le monde nous appartenait. Aujourd'hui encore, il suffit que j'entende au loin le bruit caractéristique d'une vieille mobylette pour revoir cette longue file de jeunes roulant dans la nuit, phares allumés, cheveux au vent, en route vers un nouveau bal. Et je souris en repensant à cette époque de bonheur.

 

Viviers-lès-Montagnes.

 

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