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Viviers-lès-Montagnes : les années bonheurs

Publié le par Elisabeth BORDERES

Après cette promenade dans le Tarn, laissez un commentaire au bas de l'article.

Viviers-lès-Montagnes vu du ciel.

L'été 1976 marqua un tournant dans notre vie. Après bien des bouleversements, nos parents s'installèrent à Viviers-lès-Montagnes, petit village du Tarn où nous allions passer une grande partie de notre jeunesse. Nous étions cinq enfants à débarquer dans ce coin de campagne où tout le monde se connaissait depuis longtemps. Quatre filles et un garçon qui arrivaient d'ailleurs, cela ne pouvait pas passer inaperçu. Notre première rencontre avec les jeunes du village fut pour le moins mouvementée. Derrière la maison que nous louions se trouvait un parc dominant la route. Nous y jouions tranquillement lorsque quelques jeunes du village, intrigués par ces nouveaux venus, tentèrent d'attirer notre attention. Comme nous ne répondions pas à leurs appels, ils eurent l'idée de lancer quelques cailloux. L'un d'eux m'atteignit en pleine tempe. Le sang se mit à couler et je rentrai aussitôt à la maison.

Le mur de notre parc.

Mon père Elie BORDERES, en découvrant l'affaire, entra dans une grande colère. Il descendit dans la rue, attrapa par l'oreille le plus grand des garçons présents, Jean-François Chamayou, et le ramena chez ses parents, qui tenaient l'une des épiceries du village. Finalement, le coupable n'était pas Jean-François mais son jeune frère Éric, surnommé « le Tet ». Cette première rencontre, plutôt percutante, allait pourtant donner naissance à une amitié qui durerait de nombreuses années.

(photo fictive).

Le lendemain, nous montâmes sur la place du village et fîmes connaissance avec toute la bande. Il y avait Laurent, Thierry et Isabelle Lagarde, Christophe Estrabeau que tout le monde appelait « Crapaud », son frère Stéphane, Debauve dit « Baba Cool », Éric Debard un gitan sédentaire (qui mourru très jeune d'un accident d'auto) , Christophe Bernat, Farid et Djamel, Jean-François et Éric Chamayou, Laurent Batut, Jean-Philippe Soulayrac dit « JPS » comme les cigarettes, la famille Olombel avec Babette, Patrick et Corine, Véronique et Cathy Gonzalves, Véronique, FranckBrigitte et le petit Dominique Fargues, une famille qui travaille de génération en génération à l'Usine FABRE de Castres, ainsi que beaucoup d'autres dont les noms me reviennent encore aujourd'hui au fil des souvenirs.

À cette époque, Viviers vivait encore au rythme des petits commerces. Deux épiceries animaient le village : celle des Chamayou et celle des Batut qui faisait également bureau de tabac. Le commerce chez Batut était tenu par deux sœurs. Le temps qu'elle arrive j'ai « piqué » beaucoup de bonbons (c'est pas bien!!!) en attendant l'une des sœurs qui était boiteuse. On trouvait aussi une boucherie et une boulangerie. Le vieux curé, aimé de tous, célébrait la messe dans la belle église du village. Notre propriétaire, Monsieur Périchaud, dirigeait la menuiserie attenante à notre maison. Les châtelains de la famille de Viviers vivaient encore au château. Il y avait aussi ces personnages qui faisaient partie du décor rural d'autrefois : le rémouleur qui passait une fois par an aiguiser les couteaux, le bouilleur ambulant qui venait distiller les fruits macérés, les Pradèle qui livraient le lait et les grandes miches de pain, les voisins qui s'arrêtaient bavarder au portail et les anciens qui observaient le monde depuis leur banc.

La place du village.

Très vite, la place du village devint notre royaume. Les plus grands avaient dix-sept ou dix-neuf ans ; moi, je faisais partie des plus jeunes avec mes sept ans. Pourtant, dans cette bande, chacun trouvait sa place. Les grands protégeaient les petits. Les disputes étaient rares et les solidarités nombreuses.

L'un de mes plus beaux souvenirs reste le carnaval. Tout le village y participait. Les rues se remplissaient de personnages étranges et colorés. Laurent Lagarde avait revêtu le costume d'un vieillard grincheux avec un talent d'acteur extraordinaire. Un autre jeune était déguisé en gorille et poursuivait les enfants à travers les ruelles. Ma petite sœur Nathalie était terrorisée, surtout par le faux vieillard qui semblait surgir de partout. Des familles entières défilaient dans les rues en chantant, en riant et en lançant des poignées de confettis. Le soir venu, le bal réunissait toutes les générations.

Chaque année revenait également la fête du village. Les manèges n'étaient pas nombreux, mais cela n'avait aucune importance. Les stands de jeux, la buvette, les rencontres et l'ambiance faisaient tout le charme de l'événement. Les bals du soir attiraient des jeunes venus des villages voisins tandis que les plus petits couraient librement sous le regard bienveillant de tous les habitants. J'adorais particulièrement « la Tirette ». Pour une pièce, on tirait un petit tiroir et l'on découvrait dans une boite en carton un trésor : une bague en plastique, un parachutiste miniature, une balle rebondissante, un collier fantaisie ou quelque autre merveille qui nous paraissait alors extraordinaire.

L'église devant le château.

À Noël, une tradition familiale amusante se répétait chaque année. Vers vingt-trois heures, nos parents nous envoyaient assister à la messe de minuit afin d'avoir le temps de déposer les cadeaux sous le sapin. La première année, intimidés, nous n'osâmes même pas entrer dans l'église. Nous restâmes dehors à écouter la messe et à jouer avec un petit chaton noir qui rôdait autour du parvis jusqu'à la fin de l'office. Ce n'est qu'ensuite que nous rentrâmes à la maison découvrir les cadeaux.

Notre liberté était immense. À pied, à vélo ou à mobylette pour certains, nous parcourions des kilomètres dans tout le village. Chaque coin de rue devenait un terrain d'aventure. Parmi toutes mes amitiés, celle qui me liait à Brigitte demeure particulièrement chère à mon cœur. Elle était d'une grande beauté, avec son beau visage, ses magnifiques cheveux, ses longs doigts fins et ses ongles toujours impeccables. Mais ce dont je me souviens surtout, c'est de son immense gentillesse. En toute saison, nous partions pêcher ensemble dans l'Agoût ou dans les petits ruisseaux des environs. Nous attrapions des goujons, des poissons-chats, quelques carpes, mais rarement des truites. Peu importait finalement le résultat : l'essentiel était d'être ensemble.

Chez la grand-mère à Cathy.

Avec Brigitte, Cathy, Isabelle et Corine, nous étions inséparables. Comme tous les enfants du monde, nous faisions aussi quelques bêtises. Nous avions repéré un homme qui cachait régulièrement des bouteilles de vin « La Villageoise » dans différents endroits du village. Dès qu'il s'éloignait, nous retrouvions sa cachette et vidions consciencieusement la bouteille. Le pauvre homme dut longtemps se demander ce qui arrivait à ses réserves secrètes.

Chez Cathy, nous chantions les succès de Mike Brant. Chez Brigitte, nous écoutions son père à la radio Moonlight de Labruguière et téléphonions pour demander des dédicaces musicales. Chez Isabelle, nous avons regardé le mariage du prince Charles et de Lady Diana sur une télévision couleur. Devant chez Corine, nous passions des heures à discuter de tout et de rien.

Le château de Viviers.

Avec le recul, je réalise combien cette période fut exceptionnelle. Nous étions encore dans l'innocence. Nous vivions sans téléphone portable, sans internet, sans réseaux sociaux. Nos journées se déroulaient dehors, dans les rues, les champs, les jardins, au bord de l'eau ou sur la place du village. Nous étions une bande soudée, protégée par ses aînés, libre de courir d'une maison à l'autre, de construire des cabanes, d'inventer des aventures et de rêver ensemble.

Notre maison avec le parc au fond.

Lorsque je repense à Viviers-lès-Montagnes, ce sont d'abord ces visages qui reviennent. Ceux de mes amis. Ceux de ces habitants qui formaient une véritable communauté. C'était un temps où l'on vivait simplement. Un temps où le village tout entier semblait veiller sur ses enfants. Un temps de bonheur. Les plus beau de toute mon enfance.

Délimitations du parc. Le ❤️ c'est la maison et juste après, au début du parc, la menuiserie.

Les bonheurs simples

Lorsque je repense à mes années passées à Viviers-lès-Montagnes, ce ne sont pas seulement les copains de la bande qui reviennent dans ma mémoire. Ce sont aussi ces innombrables petits moments du quotidien qui, mis bout à bout, ont construit quelques-unes des plus belles années de mon enfance.

J'accompagnais souvent ma mère, Marie, au jardin que nous cultivions un peu à l'écart de la maison. À l'époque, presque toutes les familles possédaient un potager. On y produisait une grande partie des légumes consommés à la maison, et cela représentait autant une nécessité qu'un véritable art de vivre. J'aimais ces moments passés à ses côtés. Je l'aidais à planter les graines, à repiquer les jeunes plants, à désherber les rangs de légumes ou à récolter les légumes mûrs. Parmi tous ces travaux, celui que je préférais était sans doute l'équeutage des haricots verts. Nous nous installions côte à côte, à l'ombre, avec nos paniers remplis de récoltes. Les gestes étaient simples et répétitifs, propices aux discussions tranquilles ou aux silences paisibles. Pendant que ma mère travaillait, je trouvais toujours mille occupations. Je jouais avec l'arrosoir, construisant des rivières miniatures entre les rangs de légumes. J'observais les escargots qui traversaient lentement les allées, les doryphores qui s'attaquaient aux pommes de terre, les grillons cachés dans l'herbe sèche que je "tuttait" et toutes les petites créatures qui peuplaient cet univers fascinant. Le jardin était aussi un royaume de couleurs. Ma mère entretenait avec soin de magnifiques fleurs qu'elle coupait ensuite pour composer de superbes bouquets destinés à embellir la maison. Je l'aidais souvent à choisir les plus belles tiges et à les cueillir délicatement. J'étais fière de participer à cette mission qui transformait quelques fleurs du jardin en décorations élégantes pour notre intérieur.

Mon père et Vanina.

Une autre aventure marquante fut celle de Vanina. Nous possédions alors une jument que la famille de Viviers autorisait à pâturer dans un parc boisé afin qu'elle participe au nettoyage naturel des sous-bois. Un jour, à la surprise générale, nous découvrîmes que Vanina attendait un poulain. Personne ne s'y attendait vraiment. Puis arriva le jour de Pâques. Ce matin-là, dans le calme du parc, Morgan vint au monde. Pour une enfant passionnée par les animaux, assister à un tel événement était extraordinaire. Voir ce petit être se lever maladroitement sur ses longues jambes, chercher sa mère et découvrir le monde resta longtemps gravé dans ma mémoire.

Notre chienne et mon père.

Lorsque mon père rentrait du travail le week-end, une autre activité m'attirait irrésistiblement : son atelier. Mon père était charpentier. Il aimait bricoler, réparer, fabriquer et transformer toutes sortes d'objets. Je passais des heures à ses côtés. Tandis qu'il mesurait, sciait, clouait ou assemblait des pièces de bois, je récupérais les chutes pour construire mes propres créations imaginaires. J'adorais observer ses gestes précis. À mes yeux d'enfant, il semblait capable de fabriquer n'importe quoi à partir de quelques planches et de quelques outils. Sans le savoir, il me transmettait déjà le goût du bricolage, de la débrouillardise et de la création.

à gauche : Nathalie, Valérie, Didier, Mémé, à droite : Marielle, Nadège, ma mère et de dos moi.

L'été apportait son lot d'aventures. Nous prenions alors la route à bord du fourgon aménagé par mon père. Là encore, il avait mis tout son savoir-faire au service de la famille. Le véhicule avait été transformé pour nous permettre de voyager et de vivre plusieurs semaines presque comme à la maison. Nous partions souvent vers la Méditerranée. Mon père travaillait sur les chantiers des stations balnéaires en plein développement comme Le Canet-Plage, La Grande-Motte ou d'autres communes du littoral. Pendant qu'il travaillait, nous découvrions la mer, les plages immenses, les marchés, les vacanciers et cette atmosphère particulière des étés du sud. Je me souviens notamment d'un séjour près de Montpellier. Je devais avoir une douzaine d'années. Une connaissance nous avait prêté un cabanon aménagé au milieu des vignes. Ma grand-mère maternelle Marcelle dite "Mémé" était avec nous. Aujourd'hui encore, je revois les rangées de ceps, la chaleur des journées d'été, les repas pris dehors et les longues soirées passées à discuter sous le ciel étoilé. Ces vacances restent parmi mes souvenirs les plus heureux.

Le cynodrome de Mont-de Marsan.

Quelques années plus tard, une nouvelle passion familiale nous permit de découvrir d'autres régions : les courses de lévriers. Les week-ends et certaines vacances s'organisaient désormais autour des cynodromes de Nogaro, Mont-de-Marsan, Blagnac et bien d'autres villes. Au-delà des compétitions, c'était surtout l'ambiance qui nous plaisait. Nous retrouvions régulièrement les mêmes passionnés, des familles avec enfants venues de toute la région et parfois plus loin, unies par leur amour des chiens. Parmi elles se trouvait un couple plus âgé que mes parents les Niedewski. Des personnes aisées que certains auraient qualifiées de bourgeois, mais qui possédaient une simplicité et une gentillesse remarquables. Ils nous accueillirent souvent comme des membres de leur propre famille. Grâce à eux, nous découvrîmes leur résidence secondaire située près du lac du Larzac. J'y ai passé des journées merveilleuses, entre baignades, promenades, repas conviviaux et longues discussions d'adultes que j'écoutais discrètement.

Le cynodrome de Blagnac.

Avec le recul, je mesure combien ces expériences ont enrichi mon enfance. Ce sont ces instants simples, vécus sans luxe mais avec beaucoup de liberté et de curiosité, qui demeurent parmi les plus beaux trésors de ma mémoire.

La communion, la Tchote et le miracle de la place

Marielle, cousine Séverine, Nathalie, Elisabeth, cousin Laurent et Nadège. (ma mère a cousue nos robes).

Parmi les souvenirs marquants de mon enfance à Viviers, il y a bien sûr celui de ma première communion. Ma sœur Marielle et moi devions la faire ensemble. Au départ, nous suivions sagement les cours de catéchisme. Mais très vite, le vieux curé du village fut remplacé par un nouveau prêtre que je n'appréciais guère. Je le trouvais froid, distant et peu sympathique. J'eus alors une idée que je trouvais brillante. Comme une véritable meneuse de troupe, j'entraînai Marielle dans mes combines. Au lieu d'aller au catéchisme, nous allions nous cacher un peu plus loin de la maison. Installées à l'ombre, je lui faisais dessiner des croix, des églises et des personnages bibliques sur notre cahier de catéchisme. Dans mon esprit d'enfant, cela suffisait largement pour remplacer les leçons officielles.

Malheureusement, je n'avais pas prévu une chose : les cours particuliers de préparation à la communion. Nous fûmes rapidement démasquées. Marielle fut confiée à une dame du village tandis que moi, je me retrouvai chez une bourgeoise particulièrement pieuse. Une véritable grenouille de bénitier. Son immense demeure m'intéressait beaucoup plus que les enseignements religieux qu'elle tentait de me transmettre. Je passais davantage de temps à admirer les meubles, les tableaux et les bibelots qu'à écouter les récits de l'Évangile. Malgré tout, nous réussîmes à accomplir notre devoir chrétien. Le jour de la communion fut une grande fête familiale. Les oncles, les tantes, les cousins et les grands-parents s'étaient déplacés pour l'occasion. Je garde finalement davantage le souvenir des repas, des rires et de la présence de toute la famille que celui de la cérémonie elle-même, dont le côté solennel et pompeux me laissa plutôt indifférente. Une chose était certaine : je ne ferais jamais la communion solennelle.

Marie et Nadège.

Quelques mois avant, un événement bien plus important à mes yeux allait bouleverser notre vie familiale. Le 1er février 1979, ma petite sœur Nadège vint au monde. J'avais neuf ans et je tombai immédiatement sous le charme de ce minuscule bébé. Pour moi, c'était une véritable poupée vivante. Pendant ses deux premières années, je la portai partout sur ma hanche. Elle m'accompagnait dans toutes mes promenades, toutes mes aventures et toutes mes rencontres. À Viviers, tout le monde la choyait. Sur la place du village, les copains de la bande s'occupaient volontiers d'elle. Elle passait de bras en bras et recevait des câlins de tous. Elle était devenue la mascotte de notre petite communauté. Je la surnommai très vite « la Tchote » et ce surnom lui est encore réservé.

Valérie, le vieux curé, Elie, Marie et Nadège.

Lorsqu'il fut question de son baptême, mes parents refusèrent catégoriquement que le nouveau curé s'en charge. Ils préférèrent demander au vieux prêtre du village, celui que tout le monde appréciait. Il souffrait déjà de la maladie de Parkinson mais accepta avec émotion. La cérémonie fut magnifique. Toute la famille s'était déplacée. Les habits du dimanche étaient de sortie et une salle avait été louée pour prolonger la fête après la messe. Monsieur Périchaud, notre propriétaire et patron de la menuiserie voisine, devint le parrain de Nadège. Ma sœur aînée Valérie fut choisie comme marraine.

Je garde aussi un souvenir très particulier de cette soirée. Je passai une grande partie de la soirée à danser avec un jeune ouvrier de la menuiserie, Claude, âgé d'une vingtaine d'années. J'étais encore une enfant, mais je dansais déjà remarquablement bien. Dans notre famille, la musique et la danse occupaient une place importante. Nous avons dansé le rock'n'roll sur Elvis Presley, le twist sur Dick Rivers, la valse, la java et bien d'autres morceaux interprétés à l'accordéon. Je me souviens encore de l'ambiance joyeuse, des rires et de la piste de danse remplie. Cette fête est un très beau souvenir de mon enfance.

Nadège.

Mais quelques années plus tard, la place du village allait être le théâtre d'un drame qui aurait pu tout changer. Nadège avait alors deux ans. Comme souvent, elle jouait sur la place avec les jeunes de la bande. Ce jour-là, Valérie était censée veiller sur elle. Moi, j'étais chez Cathy, dans la maison de sa grand-mère. Corine, l'une de mes meilleures amies, tenait la main de ma petite sœur tandis qu'elles marchaient sur le muret qui dominait la rue. À cet endroit, le vide dépassait quatre mètres de hauteur. Soudain, Corine trébucha et sa main lâcha celle de Nadège. Ma petite sœur bascula dans le vide. Par chance, un jeune militaire qui faisait partie de notre bande assista à la scène. Sans réfléchir, il sauta pour tenter de la rattraper avant qu'elle ne touche le sol. Il n'y parvint pas et le choc fut extrêmement violent.

Lorsque les témoins arrivèrent auprès d'elle, Nadège ne respirait plus et le jeune homme pratiquait déjà un bouche-à-bouche et un massage cardiaque. Grâce à son sang-froid et à ses réflexes, il réussit l'impensable : il la ramena à la vie. L'ambulance arriva rapidement et transporta ma mère et ma petite sœur à l'hôpital de Castres où elle demeura plusieurs jours sous surveillance. Par miracle, elle s'en sortit sans aucune séquelle. Aujourd'hui encore, lorsqu'on connaît son histoire, il est difficile d'imaginer qu'elle ait frôlé la mort de si près.

Pendant ce temps-là, ignorant tout du drame, je me trouvais toujours chez la grand-mère de Cathy. C'est Valérie qui vint me chercher. Je me souviens encore de son visage fermé et de sa colère. Elle m'annonça l'accident en criant, disant que j'en étais responsable. Puis elle me frappa (nous découvrirons plus tard qu'elle est bipolaire). Pendant des années, mon père ignora les circonstances exactes de cette chute. Ma mère lui expliqua simplement que Nadège était tombée du mur situé devant notre maison. Ce n'est que bien plus tard qu'il apprit ce qui s'était réellement passé sur la place de Viviers.

Nathalie et Nadège à Latoue en 1984.

Avec le recul, je mesure combien ce jour aurait pu bouleverser toute notre famille. Mais le destin en décida autrement. Grâce au courage et à la rapidité d'intervention d'un jeune homme dont je n'ai jamais oublié le geste, ma petite sœur continua sa route parmi nous.

 

 

On s'était dit rendez-vous dans... le Tarn

Le 22 mai 2004, mon frère Didier et moi avons pris la route du Tarn, direction Viviers-lès-Montagnes. Cela faisait des années que nous avions quitté le village. Chacun avait construit sa vie de son côté. Ce jour-là, nous avions rendez-vous avec notre enfance. Au fil des kilomètres, avec mon frère, les souvenirs revenaient. Nous allions retrouver ceux avec qui nous avions grandi. Lorsque nous sommes arrivés, quelques secondes ont suffi, les années s'effacèrent d'un seul coup. Nous nous sommes regardés, reconnus, puis embrassés comme si nous nous étions quelques semaines avant. Certains avaient changé, d'autres étaient restés étonnamment semblables à ceux que nous avions connus des décennies plus tôt. Mais tous possédaient encore cette étincelle familière qui nous ramenait instantanément à notre jeunesse. Nous étions redevenus, pour quelques heures, la bande de Viviers.

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Elisabeth et Véro.
Véro la sœur de Brigitte

Parmi les visages retrouvés, celui de Véronique Fargues la grande sœur de Brigitte, ma meilleure amie. Pendant des années, les Fargues avaient fait partie de mon quotidien. Les années avaient passé, chacun avait suivi sa route, construit sa vie, connu ses joies et ses épreuves. Pourtant, lorsque nous nous sommes retrouvées ce soir-là, une étrange sensation s'est imposée. Celle de n'avoir jamais vraiment quitté Viviers. Derrière l'adulte se trouvait encore la jeune fille que j'avais connue. En regardant Véro, je revoyais toute une époque. Je revoyais les étés passés dehors jusqu'à après la tombée de la nuit.

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Le Tet (Eric).
Voici "Le Tet"

Parmi eux il y avait Éric Chamayou. Pour tout le monde, il avait toujours été « Le Tet ». Lorsque je l'aperçus, je ne pus m'empêcher de sourire en repensant à notre première rencontre. Ce garçon qui m'avait accueillie à sa manière était devenu l'un de mes amis d'enfance. Nous avions grandi sur la place de Viviers, partagé les étés, les fêtes, les booms, les bêtises et les souvenirs. Près de trente ans plus tard, je revis le petit garçon de 1976.

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Elisabeth et Isabelle.
Isabelle

Parmi les visages que j'espérais retrouver ce 22 mai 2004 figurait celui d'Isabelle Lagarde. Elle faisait partie de notre groupe de filles. Combien d'heures avons-nous passées ensemble sur la place, sous les grands platanes ? Combien de fois avons nous décider d'aller en pleine nuit dans le cimetière accolé à la place ? Nous nous racontions des histoires à faire dresser les cheveux sur la tête, nous imaginions les feux-follets nous poursuivre à travers les tombes... nous n'avons jamais franchi la grille de ce lieu sacré! Nous vivions simplement le présent. Et ce soir là, Isa était là, avec son sourire et ses yeux pétillants.

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Brigitte.
Brigitte, ma sœur de cœur

Parmi toutes les personnes présentes, il y en avait une que j'attendais avec une émotion particulière, Brigitte Fargues, ma meilleure amie. À Viviers, nous étions inséparables. Lorsque je pense à mon enfance, son visage apparaît dans une multitude de souvenirs. Avec Cathy, Isabelle, Corine et plus tard quelques autres, comme les deux sœurs Anne et Bérangère, nous formions un groupe soudé. Nous partagions nos secrets, nos rêves d'adolescentes, nos fous rires et parfois nos bêtises. Nous avions l'impression que le monde entier nous appartenait. Alors, lorsque je l'ai revue ce jour là, le temps s'est effacé. Nous étions à nouveau les deux gamines de Viviers. Celles qui passaient leurs journées dehors, qui riaient pour un rien, qui faisaient des projets impossibles. Elle fait partie de mon histoire.

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Thierry Lagarde.
Thierry Lagarde

À Viviers, Thierry Lagarde avec son frère Laurent et sa sœur Isabelle, faisaient partie de ces familles que tout le monde connaissait. Dans ce village, les différences d'âge comptaient peu. Thierry fut de toutes les aventures, les fêtes, les booms, les carnavals, les bals, les longues soirées d'été. Lorsque je le revis, je fus frappée par sa ressemblance avec son père.

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Laurent Lagarde.
Laurent Lagarde

S'il fallait citer l'une des figures marquantes de la bande de Viviers, Laurent Lagarde arriverait certainement parmi les premiers noms. À notre arrivée dans ce village, il faisait déjà partie des grands. Il possédait cette assurance tranquille que l'on admire lorsque l'on est plus jeune. Je garde de lui de nombreux souvenirs.

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Cathy, moi et Brigitte.
Les inséparables

Lorsque je regarde cette photographie, je revois trois petites filles de Viviers-lès-Montagnes. Pendant plusieurs années, nous avons partagé une grande partie de notre enfance. Nous faisions partie de cette bande de copains et de copines qui occupait la place du village du matin jusqu'à la tombée de la nuit. Nous nous retrouvions après l'école, les mercredis, les week-ends, pendant les vacances et dès que nos parents nous laissaient sortir. Chez Cathy, nous chantions à tue-tête les chansons de Mike Brant. Nous connaissions les paroles par cœur. Nous passions des heures à discuter de tout et de rien. Des garçons aussi, mais ce sujet ne m'intéressait pas beaucoup, je préféré parler de liberté et d'aventures. En quelques minutes, nous avons retrouvé nos habitudes, nos expressions, nos souvenirs communs. Nous avons recommencé à rire comme autrefois. Nous sommes devenues des femmes, pourtant, derrière nos visages d'adultes, je retrouve encore les trois adolescentes de Viviers et ce jour là nous avons retrouvé un morceau de notre jeunesse.

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François dit « Corbeau »

Dans chaque bande d'amis, il existe des personnages que personne n'oublie, François Perreira faisait partie de ceux-là. Pour tout le monde, il était simplement « Corbeau ». Je ne sais pas exactement quand ce surnom lui avait été donné, ni même qui en était l'auteur. Avant qu'il fasse parti de la bande de Viviers, avec mes frère et sœurs nous l'avions rencontré, accompagné de Victor Joao, à la piscine de Labruguière. Ces deux loustics faisaient des sauts acrobatiques depuis le plongeoir de 4m. Ils étaient impressionnants! À cette époque il y avait deux plongeoirs (maintenant interdits) dans beaucoup de piscine. Moi lorsque je montait en haut du 4m, je ne plongeais pas, je sautait et je peux vous dire que c'était très impressionnant depuis là-haut! Nous avons longtemps partagé les mêmes fêtes de villages, les mêmes bals populaires, les mêmes longues soirées d'été comme d'hiver avec des éclats de rire. Ce 22 mai 2004, lorsque nous nous retrouvâmes j'appris qu'il était en couple avec Cathy. Quel beau couple!

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Richard dit "Rock'n Roll"

Richard ROUCAYROL, mon ancien beau-frère, que beaucoup surnommaient « Rock'n Roll » apportait partout avec lui son énergie et sa bonne humeur. Il possédait cette capacité à raconter une anecdote qui faisait rire toute l'assemblée. À mesure que la soirée avançait, les souvenirs de Viviers revenaient les uns après les autres. Ce soir là ous avions retrouvé une partie de nous-mêmes.

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Bérengère

Bérangère est arrivée deux ans avant que nous quittions le village. Sa sœur Anne était maintenant mariée avec l'organisateur de ces retrouvailles Patrick Olombel, le frère de Corine (qui n'était pas là pour les retrouvailles). Nous avions grandi tous ensemble et certains étaient en couple avec des amis de jeunesse. Bérengère avait de suite été séduite par Brigitte et lors de cette fête j'ai vue qu'elles étaient restées proches. 

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Christophe dit "Crapaud" 

Parmi les garçons de notre bande, Christophe Estrabeau occupait une place à part. Tout le monde l'appelait « Crapaud ». Lorsque nous étions enfants, Christophe, et son frère Stéphane (qui sera en sixième avec moi, dans la même classe), faisaient partie du décor de nos journées. Les deux frères étaient des pitres! Que de fous rires grâce à eux... Ils étaient toujours e train de faire de la mécanique, sur la place du village, sur des mobylettes qu'ils montaient eux-mêmes. Blousons de cuir, mains pleines de cambouis, c'était cela les Estrabeau!

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