Le temps des écoliers, à Verdalle dans le Tarn
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Le matin la voiture de ma mère Marie filait sur les petites routes du Tarn, emportant à son bord toute une fratrie. Il y avait là Valérie, Didier, Marielle, Nathalie… et moi, serrés les uns contre les autres, avec dans un panier les gamelles préparées avec soin, chacune dans sa boîte en plastique.
À Viviers-lès-Montagnes où j'habitais dès1976, la maison avec son grand parc à l'arrière dans lequel je m'inventais des histoires, semblait déjà loin dès que le portail de l’école de Verdalle apparaissait. Une petite école de campagne, comme il en existait tant autrefois, qui m'a laissait de tendres souvenirs.
Il n’y avait pas de cantine. Alors, à midi, on s’installait simplement, presque comme en famille, autour de Madame JORDY, la maîtresse des grands. Nathalie, depuis l'autre classe nous rejoignait, et Madame ANNY, la maitresse des petits et des CP ne faisait que de rares apparitions, préférant rentrer chez elle. C'était un moment de partage, calme, où chacun sortait son repas, dans une ambiance joyeuse.
Venait le temps précieux de l’entre-deux. Les élèves du village repartaient chez eux et revenaient un peu avant quatorze heures. Pendant ce laps de temps, la cour devenait un terrain de liberté et de complicités. Les filles et les garçons jouaient ensemble au football. Certains sautaient à l’élastique pendant que d’autres participaient à d'autres jeux.
Quand la pluie s’invitait, le préau devenait refuge où on "tcharé" (bavarder) et on ne s’y ennuyait jamais. Sous le grand porche carré à l’entrée de l’école, les parties de “quatre coins” rythmaient les récréations pluvieuses, cinq élèves courant d’un angle à l’autre, toujours prêts à ruser pour ne pas se retrouver au centre.
Les cours se déroulaient dans le respect. Madame JORDY imposait une certaine rigueur, mais elle savait aussi la rendre. Il y avait un équilibre, naturel, entre autorité et bienveillance. On apprenait en on se construisant dans grâce la mixité des âges, des différences.
Parmi nous, il y avait un garçon de mon âge, Patrick, qui avait une sœur plus âgée, Corinne, qui était trisomique. Cela ne créait ni distance, ni rejet, bien au contraire. Instinctivement, chacun faisait attention à elle. On l’accueillait avec plaisir dans les jeux, sauf au foot qu'elle n'aimait pas, même si cela compliquait parfois la situation. Corinne nous apprenait quelque chose d’essentiel, elle apportait cette différence qui, loin de séparer, nous rassemblait. Elle nous obligeait à être patients, bienveillants. Elle était, à sa manière, une leçon de vie.
Deux fois par an, l’école changeait de visage pour le grand spectacle à présenter. Les cahiers laissaient un peu de place aux tissus, aux papiers crépon, aux décors bricolés, aux répétitions. Les spectacles approchaient. Noël d’un côté, les grandes vacances de l’autre. On apprenait des textes, des poésies, on se glissait dans des rôles, on devenait quelqu’un d’autre, le temps d’une après-midi.
Et puis il y avait cette tradition : les “roses de Noël”. Fabriquées à la main, avec de la margarine et du chocolat noir que nous faisions fondre, mélangés à des Kellogg’s, déposées dans de petits moules en papiers à gâteaux, puis mises à refroidir. On les glissait ensuite dans des sachets transparents, accompagnées de quelques papillotes et de deux mandarines. À la fin du spectacle, chaque adulte, chaque enfant repartait avec son petit cadeau.
Lorsque juin arrivait, il y avait un rituel : le cerisier de la cour, généreux, offrait ses fruits noirs et sucrés. Les oiseaux n’en profitaient pas beaucoup. Je grimpais plus haut pour remplir le panier commun. Les doigts tachés de jus, les visages marqués de gourmandise, chacun piochait dans la récolte en s'en régalait.
Les saisons rythmaient les souvenirs qui devenaient précieux.
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