Le mariage de Louis BORDES et Marcelle BORDÈRES
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Publié le par Elisabeth BORDERES
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Le lundi 9 mars 1936, alors que le silence avait depuis longtemps enveloppé les maisons de Galié et que les dernières lampes à pétrole s'éteignaient derrière les volets clos, une lumière brillait encore à la mairie du village. Une scène inhabituelle dans cette petite commune de montagne où chacun se couchait tôt pour affronter les travaux du lendemain. À vingt-trois heures, le maire François DESPOUY ouvrait exceptionnellement le registre d'état civil afin de célébrer le mariage de deux enfants du pays : Louis Jean Marie BORDES et Jeanne Marie Marcelle BORDÈRES.
Pourquoi un mariage célébré un lundi soir, si tard dans la nuit ? L'explication se trouve dans les contraintes de la vie de l'époque. Louis, âgé de vingt-et-un ans, accomplissait alors son service militaire. Dans les Pyrénées des années trente, on ne choisissait pas toujours la date idéale pour se marier ; on profitait simplement du temps que les circonstances accordaient. Arrivé dans la journée par le train, il devait déjà reprendre la direction de Pau dès le lendemain matin. Son régiment devait ensuite partir en manœuvres pour plusieurs semaines. Il n'existait donc aucune autre possibilité.
Marcelle avait vingt-huit ans. Native de Saint Bertrand-de-Comminges, elle y avait grandi auprès de ses parents qui vivaient maintenant à Galié, avant de prendre son indépendance. Employée comme coiffeuse à Fronsac, elle louait un petit logement au cœur du village. Travailleuse et appréciée de sa clientèle, elle menait une vie simple, rythmée par les journées au salon, les cancans des commères, les permanentes des vieilles dames et les trajets à vélo entre les villages de la vallée. Louis, quant à lui, était né à Arlos. Charpentier lorsqu'il n'était pas sous l'uniforme, il était déjà connu pour son sérieux et son énergie. Grand, mince, doté d'un regard vif et déterminé, il inspirait naturellement confiance. Rien ne distinguait encore ce jeune homme des autres habitants de la vallée, sinon peut-être cette volonté discrète qui caractérisait les hommes de montagne.
Pour assister à leur union, peu de monde était présent. Le premier témoin était Victor AGASSE, cultivateur de Galié, ancien combattant de la Grande Guerre et figure respectée de la commune. Marié à Victorine BORDÈRES, sœur de Marcelle, il était le beau-frère de la mariée. Le second témoin était Michel DAMBRUN, maire de Fronsac et ami du jeune couple. Dans ces petites communes pyrénéennes où chacun connaissait chacun, les liens entre familles, élus et voisins étaient étroits. On se retrouvait régulièrement pour les travaux agricoles, les fêtes locales ou les affaires communales.
On imagine aisément la scène dans la modeste salle de mairie : quelques chaises de bois, un poêle refroidi par cette fin d'hiver, l'odeur du papier et de l'encre. Sur le bureau du maire, le grand registre d'état civil attend, ouvert à la page du jour. François DESPOUY ajuste ses lunettes et lit d'une voix solennelle les articles du Code civil. Viennent les questions rituelles, puis quelques signatures sont apposées au bas du registre. Une poignée de mains est échangée ainsi que les félicitations.
Il n'y a ni robe somptueuse, ni orchestre, ni grand cortège traversant le village. Seulement deux jeunes gens décidés à construire leur avenir ensemble. À une heure aussi tardive, il n'était évidemment pas question d'organiser un banquet. Après la cérémonie, le petit groupe se dirige vers la maison de Victor et Victorine AGASSE. Dans la cuisine, éclairée par une lampe à pétrole et quelques bougies, l'ambiance est chaleureuse malgré la simplicité des lieux. Les enfants dorment déjà dans les chambres voisines. On sort d'une armoire une bouteille d'eau-de-vie réservée aux grandes occasions. Sur la table prennent place quelques tranches de pain de campagne, du jambon cru conservé dans le saloir familial et un morceau de fromage provenant d'une ferme voisine.
Les conversations vont bon train. On parle des semailles à venir, des troupeaux, des récoltes que l'on espère bonnes. On évoque également le futur logement des jeunes mariés, les projets de la famille et le retour prochain de Louis à la caserne. Mais la nuit avance, le lendemain sera un jour de travail comme les autres. Chacun reprend le chemin de son foyer et le jeune couple monte dans la voiture du maire de Fronsac pour rejoindre l'appartement, leur logement dorénavant. Cette simplicité peut surprendre aujourd'hui. Pourtant, elle reflète parfaitement la réalité des vallées pyrénéennes dans les années 1930. Les familles vivaient au rythme des saisons, du travail et des obligations. Le mariage représentait avant tout un engagement sérieux, une alliance destinée à construire un foyer et assurer l'avenir. Le faste comptait peu.
Avec le recul de l'Histoire, cette soirée ordinaire prend pourtant une dimension particulière. Dans cette petite mairie de Galié, personne ne pouvait imaginer que moins de dix ans plus tard Louis BORDES deviendrait l'un des passeurs les plus actifs des réseaux clandestins pyrénéens. Personne ne pouvait deviner que Marcelle partagerait son engagement, participerait à la Résistance et connaîtrait ensuite l'épreuve de la déportation. Ce soir-là, ils n'étaient encore qu'un jeune couple de la vallée. Deux amoureux unissant leurs destins dans la discrétion d'une mairie de montagne.
Deux vies que la Seconde Guerre mondiale
allait bientôt faire entrer dans la grande Histoire.
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