Paulette Agasse raconte l’attaque de sa maison
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Le 4 janvier 1950, le Tribunal militaire permanent de Bordeaux, dans le cadre de l’instruction concernant les agissements de Karl DETHLEFS, adresse une série de questions extrêmement précises sur ce qui s’est passé à Galié, dans la nuit du 23 au 24 mai 1944. Deux jours plus tard, le 6 janvier 1950, la gendarmerie de Toulouse recueille la déposition de Paulette AGASSE. Elle a alors 24 ans et demeure 8 rue Blaise-Pascal à Toulouse. Lorsqu’elle répond aux gendarmes, c’est la jeune fille de 17 ans qu’elle était en mai 1944 qui revient au premier plan. Ce qu’elle raconte permet de reconstituer, presque minute par minute, l’attaque de la maison familiale des AGASSE.
En mai 1944, Paulette vit à Galié, dans la maison familiale, avec sa mère Victorine AGASSE, veuve, son frère Gilbert, âgé de 16 ans, sa petite sœur Hélène, 8 ans, sa sœur Suzanne, 19 ans, et la petite Monique, fille de Suzanne, âgée de seulement 2 ans. Un autre homme habite également la maison depuis moins de trois mois : leur oncle Louis BORDES. Il n’est pas venu à Galié pour rester tranquillement à ne rien faire. Il est activement recherché par la Gestapo qui le traque pour avoir fait franchir la frontière à des centaines de militaires étrangers, de patriotes et de réfugiés. Malgré le danger, Louis poursuit son activité clandestine et reçoit parfois des patriotes au domicile des AGASSE. La maison est devenue un refuge, et, par conséquent, une cible.
Dans la nuit du 23 au 24 mai 1944, après trois heures du matin, la famille est réveillée en sursaut. Environ quinze soldats allemands encerclent ou investissent la maison. Ils force l'entrée de la porte, puis montent au premier étage, où la famille dort. La scène bascule alors très rapidement. D’après Paulette, les Allemands ont déjà ouvert le feu lorsque les occupants tentent de s’échapper. C’est un point particulièrement important de sa déposition, car le Tribunal militaire cherche précisément à déterminer qui a tiré le premier. Sur ce point, Paulette est catégorique : ce sont les Allemands.
Quand une quinzaine d’hommes armés viennent de forcer votre porte au milieu de la nuit et tirent dans la maison, il ne reste plus beaucoup de temps pour organiser le fuite de la famille et chacun cherche une issue. Paulette prend la fuite la première. Elle passe par le grenier à foin et saute d’une hauteur d'environ cinq mètres, en pleine nuit et sous les tirs. Elle se casse les malléoles du pied droit, et rampe se mettre à l'abri sous le porche des voisins. Les Allemands tirent et une balle l’atteint à la fesse droite. Suzanne doit la suivre, Hélène également, mais elles n’en auront pas le temps. De son côté, Victorine emprunte l’escalier du grenier et réussit à s’enfuir en emportant avec elle sa petite-fille Monique, âgée de deux ans. L’enfant hurle de peur. Au milieu des soldats, des armes, des grenades et des hommes recherchés par la Gestapo se trouve aussi une petite fille de deux ans, réveillée en pleine nuit, emportée par sa grand-mère sans comprendre ce qui arrive autour d’elle.
Paulette , rampe ensuite vers un verger situé à proximité de la maison. Malgré ses blessures, elle parvient à rejoindre le verger où sa mère et Monique l’ont précédée et à s’y cacher. Toutes les trois se retrouvent dissimulées dans ce verger pendant que, derrière elles, l’attaque continue. Deux habitants de Galié viennent finalement les chercher : Blanche MICHEL et François DESPOUY, alors maire de la commune. Ils conduisent Paulette, Victorine et la petite Monique chez le vieux couple MICHEL. Paulette est blessée, mais vivante. Pour ses deux sœurs restées derrière elle, la situation est autrement dramatique.
Alors que Suzanne et Hélène s’apprêtent à suivre Paulette dans sa fuite, les soldats allemands font usage de grenades. Les deux jeunes filles sont atteintes. Suzanne est très grièvement atteinte, elle est criblée de balles et d’éclats de grenade. Hélène reçoit des éclats de grenade au cou et à la poitrine. Les deux sœurs seront prises en charge bien plus tard par une ambulance de Saint-Gaudens afin d'être conduites à l’hôpital situé rue de la Garenne. Suzanne n’y arrivera pas vivante. Elle meurt pendant son transport vers Saint-Gaudens. Elle avait dix-neuf ans, toute une vie à vivre! Elle laisse derrière elle une petite fille de deux ans, Monique, que Victorine venait de sauver de la maison sous les tirs. Hélène survit mais ses blessures nécessiteront une hospitalisation de quinze jours. Six ans plus tard, lorsque Paulette dépose devant les gendarmes, Hélène a 14 ans et vit avec elle à Toulouse.
Le questionnaire du Tribunal militaire cherche également à déterminer qui a réussi à fuir et qui a été arrêté sur place. Paulette répond que tout le monde a pu s’enfuir, à l’exception des deux blessées. Elle mentionne toutefois une arrestation : celle de Marie-Thérèse SALINAS, une amie de Suzanne, âgée de 18 ans. Sa présence dans la maison cette nuit-là apparaît donc dans la procédure judiciaire, même si la déposition de Paulette ne donne ici que peu de détails sur les circonstances exactes de son arrestation. Un autre point reste sans réponse. Louis BORDES a-t-il tiré sur les Allemands ? Paulette ne le sait pas.
Après sa fuite et sa blessure, Paulette n’est plus présente devant la maison. Elle ne voit donc pas l’arrivée des renforts allemands. Elle n’assiste pas au pillage. Elle n’assiste pas non plus à l’incendie de l’habitation familiale. Le Tribunal militaire lui pose pourtant plusieurs questions très précises à ce sujet. Un officier allemand a-t-il donné les ordres ? Qui a participé au pillage ? Qui a ordonné l’incendie ? Quel rôle Karl DETHLEFS a-t-il joué ? Et un certain SCHULTZ, décrit comme un Allemand en uniforme d’officier, était-il présent lors de l’arrivée des renforts ? Sur tous ces points, Paulette reste prudente. Elle n’était plus là.
En revanche, lorsqu’une photographie lui est présentée, Paulette reconnaît un homme : Karl DETHLEFS. Elle déclare reconnaître sur la photographie le chef de la police allemande qui se trouvait sur les lieux. Elle ne peut pas préciser son rôle personnel dans le pillage ou dans l’incendie puisqu’elle avait déjà fui. Mais elle atteste de sa présence lors de l’opération de Galié. Concernant SCHULTZ, elle ne peut davantage confirmer sa présence après l’arrivée des renforts puisqu’elle n’était plus sur place à ce moment-là.
À travers cette déposition du 6 janvier 1950, l’attaque de Galié prend une dimension beaucoup plus concrète. On ne parle plus simplement d’une « opération allemande ». Il y a des personnes. Victorine, qui fuit en emportant sa petite-fille. Paulette qui saute du grenier, court sous les tirs, reçoit une balle, se casse les malléoles et gagne le verger. Suzanne qui tente de suivre sa sœur et est mortellement atteinte. Hélène touchée au cou et à la poitrine par des éclats de grenade. Gilbert, qui aide son oncle à tenir loin les allemands le temps que tout le monde puisse fuir. La petite Monique, traumatisée par cette attaque. Et Louis, l’homme que la Gestapo est venue chercher. Tout cela se déroule en quelques minutes.
Louis BORDES reste un homme traqué. Il survivra encore quelques semaines. Mais le 11 juillet 1944, il sera assassiné d’une balle dans la nuque dans la forêt de Montégut, dans les Hautes-Pyrénées, par le maquis de Nistos-Esparros. Son corps ne sera découvert que plusieurs jours plus tard. Mais ça... c'est une autre Histoire! (1)
(1) Cliquez sur le mot Histoire pour aller sur l'article concernant la mort de Louis Bordes.
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